Les petits patrons grecs veulent toujours y croire

Europe Les PME figurent au cœur des projets de relance

Leurs dirigeants saluent les dernières mesures adoptées par le gouvernement

«Je suis optimiste! De toute façon, nous avions touché le fond.» C’est par ces mots que Michalis Alepis, le président de la Fédération grecque des patrons de l’immobilier et travaux publics (SATE), a accueilli l’énumération des mesures présentées à l’Eurogroupe par le ministre des Finances, Yanis Varoufakis. La veille au soir, Athènes avait envoyé à Bruxelles une liste d’engagements conditionnant l’extension de quatre mois du soutien de ses partenaires et du Fonds monétaire international (FMI).

Ces réformes vont dans trois directions: une meilleure efficacité de l’Etat, une meilleure collecte de l’impôt et des mesures sociales. Pour rassurer les dirigeants européens, inquiets de l’arrivée de Syriza et d’Alexis Tsipras, le leader de la gauche grecque, élu sur un programme anti-austérité. Et pour rassurer les Grecs, qui commencent à se demander sérieusement si le gouvernement tiendra ses promesses de campagne. «Si ce gouvernement n’applique pas ses promesses de campagne, il ne restera pas longtemps en place», prévient Dimitris, 22 ans, employé dans l’entreprise familiale, l’une de ces nombreuses PME qui forment l’essentiel du tissu économique du pays. Avant 2010, il y en avait environ 800 000 en Grèce. Depuis, plus de 250 000 d’entre elles ont fermé leurs portes.

Avant d’acheter cette taverne dans le centre d’Athènes, le père du jeune homme avait un élevage de volailles. «Nous nous en sortions à peine en travaillant durement. Mais avec l’introduction d’un impôt à 26% au premier euro gagné, nous n’atteignions plus l’équilibre. Nous avons dû fermer», précise le fils pour qui «si l’activité ne repart pas au plus vite, c’est toute l’économie grecque qui sera anéantie. Les mesures de Varoufakis, je les ai bien sûr regardées en détail. Elles ont cet avantage: elles suppriment les taxes qui nous étranglent.»

«Il fallait trouver une solution au plus vite», déclare de son côté Giorgos Kallatas. Pour le chef de la Confédération grecque des entreprises de commerce (GSEVE), «les entreprises grecques rencontrent deux types de problèmes. Le premier est lié au financement: nous ne pouvions plus emprunter aux banques. Le second à la consommation: d’après nos recherches, les dépenses des familles ont baissé en moyenne de 52,5% depuis 2010.»

Lors de la campagne électorale, le programme de Syriza représentait un espoir. Les PME de moins de 10 salariés, qui représentent 95% des entreprises grecques, étaient au cœur du projet de relance. «Sur les 1,5 million de chômeurs que compte la Grèce, 900 000 proviennent des PME», détaille Nikos Skorinis, responsable économique de Syriza. A ses yeux, «les entreprises grecques n’étaient pas concurrentielles. Trop faibles, elles ne pouvaient se moderniser et innover. Notre politique doit les cibler: leur création ne nécessite pas beaucoup de capitaux; elles sont très créatrices d’emplois.» Il s’agissait donc de mettre en place des mesures qui stimulent la consommation: abolition de «l’impôt-guillotine», l’impôt unifié sur la propriété immobilière qui était considéré comme un frein aux investissements immobiliers; programme national visant à créer 300 000 emplois sur deux ans, dans tous les secteurs de l’économie (privée et publique); annulation des dettes des plus démunis; et rétablissement du salaire mensuel minimum à 751 euros, censé relancer la demande intérieure.

«Que ce soit en matière de pouvoir d’achat (avec l’arrêt des baisses des salaires et des pensions), de liquidités pour les banques, d’amélioration des marchés publics, d’imposition, la lettre à Bruxelles présente des améliorations», assure Michalis Alepis, qui rêve d’une embellie pour son entreprise, comme la reprise des travaux d’infrastructures entamés avant la crise et abandonnés depuis. Bruxelles a accueilli favorablement la lettre de Yanis Varoufakis. Le jugement le plus sévère vient finalement de Syriza: «Il faut bien le reconnaître, nous avons dû reculer sur certains points. Les marges de manœuvre se réduisent. Mais nous avons quatre mois pour montrer qu’une autre politique est possible.»

«Il faut bien le reconnaître, nous avons dû reculer sur certains points»