Diplomatie

De petits pays insulaires à Genève pour se frotter au multilatéralisme

A l’invitation de la DiploFoundation, une vingtaine de diplomates de petits Etats insulaires et de pays défavorisés sont en immersion pour se familiariser avec la Genève internationale. Diplomate de Saint-Christophe et Niévès, Asha DeSuza, 26 ans, est enthousiaste, mais s’inquiète du coût de la vie genevoise

lls sont venus d’Etats insulaires ou de petits Etats d’Afrique, des Caraïbes ou du Pacifique. A l’invitation de la DiploFoundation, une vingtaine de diplomates de pays tels que Sao Tomé-et-Principe, La Grenade, les îles Fidji ou encore le Suriname sont en immersion dans la Genève internationale pendant une semaine pour se familiariser avec un environnement multilatéral méconnu. Conseil des droits de l’homme, présentation de l’action humanitaire au siège du CICR, participation au Sommet mondial de la Société de l’information, rencontre avec le directeur de l’ONU Genève, Michael Moeller, avec des responsables du World Economic Forum et de l’OMS, visite du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) à Berne. Genève ne leur cache plus aucun secret.

Une lutte pour la survie

Asha DeSuza, 26 ans, réduisait jusqu’ici la cité lémanique au commerce (OMC) et aux droits de l’homme. Diplomate de la minuscule île caribéenne de Saint-Christophe-et-Niévès (261 km² et 50 000 habitants), elle le relève: «Ici à Genève, on débat de problèmes qui nous touchent directement: le changement climatique et la santé globale. Et la santé, j’ai pu le constater, ce n’est pas que l’OMS.» Responsable du projet Changement de perception à l’ONU, Aziyadé Poltier précise: «Les participants ont perçu le caractère très opérationnel de Genève.»

Asha DeSuza, qui refuse de se présenter tel un robot en brandissant une carte de visite, a rejoint le Ministère des affaires étrangères en 2016. Elle est en poste depuis un mois à la mission de son pays auprès de l’ONU à New York. Diplômée en économie politique de la West Indies University et en relations internationales de l’Université de Kent à Bruxelles, elle analyse: «New York est plus concentrée. A Genève, il y a l’ONU, mais aussi un nombre important d’ONG. L’expertise technique, accessible, y est plus grande. On s’y forme aussi plus facilement à la technique du multilatéralisme.»

Les coûts d'une installation

A son retour, Jasmien Wijngaarde Lijkwan, de la République du Suriname, espère avoir des arguments supplémentaires pour convaincre son gouvernement de créer un institut national des droits de l’homme. Quant à ouvrir une mission permanente, elle en décrit les difficultés: «Nous en parlons avec la Suisse. Pour moi, Genève est plus dynamique que New York. Nous y serions bien sûr favorables. Mais actuellement, mon pays souffre de la chute des prix des matières premières.» Le Suriname compte beaucoup sur ses exportations d’alumine, d’or et de pétrole. Le diplomate Westford S. Joseph, de l’île-Etat de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, ajoute: «Mon Etat se bat pour sa survie. Nous ne pouvons pas nous tenir à l’écart des discussions à propos du changement climatique.»

Asha DeSuza ne cache pas que Genève est une ville chère et qu’il ne sera pas facile d’argumenter auprès de son ministère. Installée à West Harlem à New York, elle ironise: «Actuellement, la mission de mon pays est à la 75e rue à Manhattan, loin de l’ONU. On risque de devoir choisir entre la déménager à proximité des Nations unies ou en installer une à Genève.» La diplomate ajoute un obstacle supplémentaire: l’administration Trump est en train de couper dans les budgets d’aide au développement. Une telle mesure va avoir un gros impact sur la situation financière de Saint-Christophe-et-Niévès.

La plupart des pays invités n’ont pas de représentation diplomatique dans la Cité de Calvin ou en ont une, mais dotée de moyens très limités. Or nombre de questions traitées à Genève les concernent au premier chef. C’est ce qui pousse la DiploFoundation dirigée par Jovan Kurbalija et soutenue par la Suisse à proposer à des diplomates de ces petits pays de suivre une formation d’un an en ligne avant de s’immerger dans la Genève internationale. En matière de commerce, les règles de l’OMC leur sont importantes. En termes de santé, les épidémies sont susceptibles de les frapper de plein fouet. L’OMS reste pour eux un point d’ancrage essentiel.

Des responsabilités d’hôte

Pour l’heure, le nombre de missions permanentes au bout du Léman est de 174 sur les 193 membres que compte l’ONU. A Berne, le DFAE vise à en accroître encore le nombre, conformément au message du Conseil fédéral de 2014 sur les mesures à prendre en qualité d’Etat hôte: «L’universalité des défis relevés par la Genève internationale implique une participation universelle à la recherche de solutions.» Asha DeSuza s’en félicite. «Mais après?» se demande-t-elle. La Confédération garantit une aide de départ au loyer pendant quatre ans renouvelable.

Ensuite, les Etats sont censés assurer eux-mêmes leurs coûts de fonctionnement. D’autres aides sont aussi fournies. Pour les pays les moins avancés, le canton de Genève garantit un soutien au loyer jusqu’à 3000 francs. Quarante pays en bénéficient actuellement. Au Haut-Commissariat aux droits de l’homme, un fonds spécial d’aide offre 12 000 francs pour un séjour d’un mois à des délégués des Etats pauvres et éloignés (îles Marshall, Micronésie, etc.) afin qu’ils puissent participer aux sessions du CDH. A Genève, l’universalité a un coût.

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