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Cette journée de conférences visait à repenser un secteur – Genève abrite nombre de fondations – qui préfère la discrétion aux éclats.
© Pierre Abensur

Genève internationale

La philanthropie, entre illusions et opportunités

Les milliardaires et leurs fondations peuvent-ils sauver le monde? Echos d’un événement organisé par «Le Temps», «Le Monde» et l’IHEID à Genève

«La philanthropie est un dollar rendu à l’Afrique pour 1000 volés.» L’écrivain et médecin nigérian Uzodinma Iweala a lancé un pavé dans la mare à l’ouverture de l’événement organisé jeudi par Le Temps, Le Monde et l’Institut de hautes études internationales et du développement. Cette journée de conférences visait à repenser un secteur – Genève abrite nombre de fondations – qui préfère la discrétion aux éclats.

Lire aussi: «Riches et discrètes, les tribus de la philanthropie sortent de l’ombre»

Le Nigérian a appelé l’audience à faire bien davantage que de la philanthropie. «On estime que l’Afrique a perdu 97 trillions de dollars pendant l’esclavage. Si nous mettions cette somme dans un fonds africain, nous pourrions construire des infrastructures, repenser l’urbanisation des villes africaines, préserver les poumons verts du continent…» énumère-t-il.

Ambitieuse feuille de route

Entre l’impression d’une salutaire remise en question et les réactions épidermiques, la salle est pour le moins partagée. A l’écrivain, qui ironisait sur l’engagement humanitaire de la rock star Bono, David Evans, responsable pour le développement de la philanthropie à l’Unicef, se souvenait avoir lui aussi assisté à un concert de l’artiste.
«J’ai fendu la foule avec un donateur qui voulait absolument voir le chanteur. Leur rencontre a débouché sur un projet pour fournir des médicaments antirétroviraux [contre le VIH/sida] en Afrique du Sud. Que faites-vous pour venir en aide à ces malades?» a rétorqué cet ancien d’UBS qui conseillait de grandes fortunes dans leurs donations. «Quand on rêve, il faut rêver grand, commente une représentante d’une fondation dans le public. Sauf qu’on ne construira rien sur la culpabilité européenne mais sur des opportunités mutuelles.»

Ce nouvel horizon commun pourrait être les objectifs du développement durable de l’ONU. Cette ambitieuse feuille de route vise à éradiquer la pauvreté et la faim, parvenir à l’égalité entre les sexes ou encore assurer la transition énergétique d’ici à 2030. L’ONU chiffre leur réalisation à 2500 milliards de dollars.
«La philanthropie peut compléter le financement des ODD [Objectifs de développement durable]», veut croire Marco Neto, chargé des relations avec le secteur privé du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). On en est encore loin. Selon les derniers calculs de l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE), le secteur, bien qu’en forte augmentation, ne pèse que 7,8 milliards de dollars par an, d’autres estimations arrivent à un montant dix fois supérieur.

Notre dossier: «Repenser la philanthropie»

Destinations touristiques

Et encore faut-il que les philanthropes veuillent bien s’aligner sur l’agenda onusien. Le principe de la philanthropie n’est-il pas d’investir comme bon lui semble? «Deux tiers des fondations répondent aux objectifs de l’ONU, il est vrai, très larges», estime Bathylle Missika, de l’OCDE. Les autres résultats de son enquête sont plus inattendus: «Inde, Chine, Mexique… les Etats qui bénéficient le plus de l’action des fondations philanthropiques ressemblent plus à des destinations touristiques qu’aux pays les plus pauvres de la planète», ironise Bathylle Missika. «Il est plus facile de stimuler l’entrepreneuriat dans les pays à revenu intermédiaire que dans des Etats en guerre.»

Secouer l’industrie de l’aide

Si elle n’est pas à même de changer le monde, la philanthropie peut au moins secouer l’industrie de l’aide. Comme Michael Faye, cofondateur de GiveDirectly, qui prône la généralisation des transferts directs d’argent aux populations bénéficiaires. Des transferts rendus possibles par le fait qu’une part croissante de l’humanité dispose d’un téléphone portable. «70% des réfugiés syriens vendent l’aide alimentaire qu’ils reçoivent pour assouvir d’autres besoins», explique-t-il. Ou David Goldberg, cofondateur de Founders Pledge, qui recrute la prochaine génération de philanthropes dans le secteur technologique. «Je les convaincs de s’engager avant qu’ils deviennent riches», lance-t-il.

Face à ces jeunes Américains, Ariane de Rothschild, CEO de la Banque Privée Edmond de Rothschild basée à Genève, se défend de faire partie de «l’ancien monde» de la philanthropie. «Historiquement, les Rothschild, par leurs donations, ont été novateurs. On leur doit par exemple le premier hôpital gratuit et ouvert à toutes les confessions.» Et d’avouer: «Mon beau-père a poursuivi cet engagement, aussi par culpabilité d’avoir hérité d’une telle fortune.» Comme quoi la culpabilité peut avoir du bon.

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