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Philippe de Villiers à Paris, février 2016.
© JOEL SAGET

identité

Philippe de Villiers: «La Suisse démontre que la souveraineté européenne est une illusion»

Philippe de Villiers pourfend avec ténacité les «illusions européennes». Son spectacle vendéen du Puy du Fou attire chaque année les foules. Ses livres sont des best-sellers. Rencontre sur fond d’Italie en crise

Il devait venir à Genève en avril, et il se réjouissait d’y présenter «l’incroyable succès» de son spectacle historique organisé chaque année au Puy du Fou, son terroir vendéen. Le rendez-vous genevois ayant été déprogrammé, Philippe de Villiers a néanmoins accepté de parler avec Le Temps de sa passion de l’histoire, de l’identité et de la nation françaises, qu’il estime menacées par l’intégration communautaire, la mondialisation et l’islam. Impossible, selon l’ancien ministre et eurodéputé souverainiste, de continuer ainsi une aventure européenne dont les peuples ne veulent plus. Un entretien décapant, sur fond de crise politique italienne et de convulsions populistes en Europe de l’Est.

Le Temps: Le Puy du Fou raconte la France, son histoire, ses grands personnages. Vous produisez aussi aujourd’hui des spectacles similaires en Hollande, au Royaume-Uni ou en Chine. Le succès populaire de vos fresques «cinéscéniques» est-il une ode à l’imaginaire national?

Philippe de Villiers: J’ai créé l’aventure du Puy du Fou voici quarante ans parce que j’étais déjà habité par l’histoire de France et par ses héros. Or je constate que, presque un demi-siècle plus tard, cet amour de la nation est de plus en plus partagé. Et pas seulement en France! Je reçois chaque semaine une nouvelle demande en provenance d’un pays qui souhaite accueillir un spectacle historique similaire au nôtre. L’Arabie saoudite était même prête à mettre des sommes faramineuses sur la table, mais je n’ai pas donné suite. Cela dit quelque chose du monde actuel et du décalage entre une majorité de politiciens et les sentiments qui habitent les peuples. Vous expliquez comment le succès de mes livres? L’identité reste le grand défi politique. Les Chinois qui viennent me voir savent que je me suis toujours battu contre les communistes. Mais nous parlons un langage commun lorsque nous voulons rendre hommage à nos racines.

Une autre aventure a marqué l’histoire depuis cinquante ans: celle de l’intégration européenne. Vous ne pouvez pas la nier…

Je ne crois pas à la souveraineté européenne. C’est une illusion et la Suisse, restée en dehors de l’Union, le démontre chaque jour. Mon conseil aux Suisses est simple: restez là où vous êtes! Une société qui n’est pas articulée autour de valeurs communes ne peut pas durer. Qu’est-ce qui rassemble les Français? Qu’est-ce qui rassemble les Anglais ou les Italiens? Un pays est un acte d’amour. Une union fédéraliste d’Etats ne l’est pas. Nos nations reposent sur un sentiment amoureux. Emmanuel Macron l’a compris.

Vous citez le président français, mais il défend des thèses opposées aux vôtres sur l’intégration européenne…

Macron est venu au Puy du Fou. Ses prédécesseurs allaient chez Disney! Lui me pose toujours la même question: comment ce spectacle, créé pour la première fois en juin 1977, peut-il durer depuis quarante ans? Je lui réponds à chaque fois que notre force est d’incarner un récit national que trop de gens essaient de mettre sous le boisseau. Je pense aussi que nos spectateurs cherchent à échapper à des contre-vérités historiques. Prenez la question musulmane, qui se pose à travers l’Europe, ravivée par la crise des migrants. Je maintiens que le Coran est un livre de combat, et que l’islam n’est pas seulement une religion. Je persiste aussi à dire qu’on ne pourra jamais assimiler l’ensemble des musulmans présents aujourd’hui sur le continent. On mutile nos pays au nom de l’assimilation.

Je pense que nos spectateurs cherchent à échapper à des contre-vérités historiques

Une chronique: La France au défi de l’islam politique

L’actualité le démontre: tout le monde devient populiste. C’est le prix des rancœurs accumulées

Vous parlez en pamphlétaire. L’Europe, à vous entendre, est menacée d’un hold-up historique. Vous pensez vraiment que les mémoires nationales sont menacées?

Pourquoi pensez-vous que les mouvements souverainistes progressent presque partout sur le plan électoral? Est-ce seulement une affaire d’économie ou de rejet de l’Union européenne? La question migratoire est emblématique: au nom de la non-discrimination, on ne peut plus refuser à un étranger de venir chez nous. On oublie, comme le disait Jaurès, que «le seul bien des pauvres, c’est la patrie». Il ne faut pas priver les Français, les Portugais, les Italiens ou les Espagnols de leur histoire. J’ai clairement dit à Emmanuel Macron que sa survie politique dépendra de sa capacité à se montrer ferme face à l’islamisation. Ce n’est pas un fantasme. De plus en plus d’Européens se sentent dépossédés. L’actualité le démontre: tout le monde devient populiste. C’est le prix des rancœurs accumulées.

L’élection présidentielle en France n’a-t-elle pas démontré le contraire?

Emmanuel Macron l’a très nettement emporté face à… Marine Le Pen. C’est cela, la réalité. Et je connais bien le sujet. J’ai moi-même, durant ma carrière politique, considérablement gêné le Front national. Je connais sa faiblesse, ses limites, ses contradictions. Si j’avais été mieux traité, le FN n’en serait pas là. Il ne faut pas confondre l’adhésion aux thèses de l’extrême droite avec la soif de racines ou le malaise profond créé par le tsunami du mondialisme consumériste, qui renverse tout sur son passage. Il y a un lien entre le succès du Puy du Fou et la nouvelle donne électorale en Europe. Il suffit de parler avec nos spectateurs pour entendre leurs colères, leurs frustrations, leur refus du carcan communautaire dans lequel certaines élites essaient de les maintenir.

La révolte étudiante de mai 1968 fut un événement historique indéniable. Vous pourriez l’accueillir dans votre spectacle?

Mai 68 fut une imposture. C’est le moment où se rencontrent libéraux et libertaires, et où le mythe d’une mondialisation heureuse, le «no limit, no frontier» s’impose aux peuples sans qu’ils l’aient demandé. Mai 68, ce sont deux internationales qui se rencontrent: celle de l’économie libérale et celle de la liberté débridée. Le Puy du Fou est l’inverse. J’avais promis, lors de la création du spectacle voici quarante ans, que nous n’utiliserions jamais un brevet américain pour nos équipements. On s’était moqué de mes ergots de Gaulois. J’ai tenu parole. Aujourd’hui, tout le monde dénonce les sanctions extraterritoriales de Washington et l’Europe est paralysée dans la guerre commerciale qui s’annonce. Nous avons 2,2 millions de visiteurs, 1500 emplois équivalents temps plein. Qui avait raison?

Notre dernier épisode d’une série sur Mai 68: Fausse révolution, fausse libération


Repères

1978: Première «cinéscenie» du Puy du Fou. le spectacle est assuré par des bénévoles et centré sur l'histoire de la Vendée.

1986: Philippe de Villiers est secrétaire d'Etat à la culture dans le gouvernement de Jacques Chirac.

1989: Ouverture du parc de Loisirs du Puy du Fou sur la commune des Epesses (Vendée).

2010: Le parc dépasse les 1,5 millions d'entrées annuelles.

2018: Nouveau spectacle consacré au navigateur Jean-Francois de La Pérouse.


Dernier livre paru: Les cloches sonneront-elles encore demain? (Ed. Albin Michel).

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