Les Philippines redeviennent le pivot américain en Asie du Sud-Est

Asie Barack Obama a achevé à Manille sa tournée asiatique

Un nouvel accord de défense a été signé entre les deux pays

Barack Obama a beau s’en défendre, la fin de sa tournée asiatique ressemble fort à un retour en arrière. Avec la signature, lundi, d’un nouvel accord de défense de dix ans entre les Etats-Unis et les Philippines – lequel permettra à l’armée américaine de stationner avions et navires dans l’archipel – le locataire de la Maison-Blanche a renoué avec un héritage stratégique mis de côté par Washington depuis le début des années 1990.

Colonie américaine de 1898 à 1935, les Philippines abritaient jusqu’en 1992 deux des bases militaires américaines les plus importantes au monde: la base navale de Subic Bay et l’aéroport de Clark. Toutes deux, fermées après un vote du parlement philippin en septembre 1991, servirent de pivot lors de la guerre de Corée (1950-1953) et de celle du Vietnam (1965-1973).

La donne géopolitique, depuis, a radicalement changé. La région n’est plus en prise à des conflits ouverts, mais à des tensions territoriales et commerciales toujours susceptibles de dégénérer. C’est le cas entre les deux Corées, entre le Japon et la Chine, entre la Chine et Taïwan, et entre la Chine et les pays d’Asie du Sud-Est à propos des îles Spratleys, en mer de Chine du Sud.

La question n’est donc pas, pour un Pentagone en pleines coupes budgétaires et qui dispose déjà de forces importantes au Japon (environ 50 000 hommes) et en Corée du Sud (environ 30 000 hommes), d’acquérir de nouvelles bases permanentes pour projeter des forces sur un théâtre continental asiatique. L’objectif est au contraire de disposer d’un maillage d’escales en Asie pour surveiller les couloirs maritimes et s’interposer au cas où avec les moyens de la VIIe Flotte basée au Japon, épaulée si besoin par d’autres bâtiments de la flotte du Pacifique basés à Hawaii. Un rôle taillé sur mesure pour les Philippines, avantageusement placées, face au Vietnam, à la confluence des zones maritimes chinoises et japonaises.

Avec cet accord, l’archipel devient ainsi le second point d’ancrage militaire américain dans l’Asean (Association des Nations de l’Asie du Sud-Est) avec Singapour, où les navires américains peuvent aussi faire relâche. Ce lien renoué avec les Philippines, tragiquement touchées en novembre 2013 par le cyclone Haiyan, permettra également à Washington de pré-positionner des moyens humanitaires pour faire face à de prochaines catastrophes, rendues très probables dans cette région tropicale en raison des changements climatiques: «Ce rapprochement présente d’excellentes opportunités de coopération et offre aux Etats-Unis la possibilité de se montrer sous leur meilleur jour dans une partie du monde décisive pour la prospérité et la stabilité mondiale», estime une note de la Brookings Institution.

La question plus compliquée à résoudre pour l’administration Obama est celle de la Chine. Le président américain n’a cessé de répéter durant sa visite d’une semaine au Japon, en Corée du Sud, en Malaisie et aux Philippines, que les visées asiatiques de Washington ne sont pas dirigées contre Pékin. «Notre objectif n’est pas de contrer la Chine. Notre objectif n’est pas de contenir la Chine», a-t-il d’ailleurs répété hier à Manille, d’où il repartira ce mardi pour les Etats-Unis.

La réalité est néanmoins têtue. Via cette présence navale américaine accrue, le président philippin Benigno Aquino espère notamment moderniser sa marine, dont l’un des derniers navires entré en service, le Gregario del Pilar, est… un ancien garde-côte américain de 1965! Or la mission principale des bâtiments de guerre de l’archipel est de hisser le pavillon philippin aux abords des îles Spratleys, dont les ressources pétrolières et gazières présumées sont contestées et où Pékin a installé des postes semi-permanents. Manille a saisi en janvier 2013 la Cour permanente d’arbitrage de l’ONU, basée à La Haye, à propos du récif de Scarborough (Huangyan en chinois) sur lequel les Philippines estiment avoir entière souveraineté.

Souvent présenté comme favorable à une présence américaine accrue en Asie, Barack Obama court en revanche le risque d’encourager tous ceux, surtout au Japon et à Taïwan, qui voudraient voir Washington tenir davantage tête à Pékin. «Tout en augmentant leur présence, les Etats-Unis doivent envoyer des signaux rassurants à la Chine pour la convaincre qu’ils ne tentent pas de l’encercler», juge l’analyste Rodger Baker, cité par l’Agence France-Presse.

L’objectif est de disposer d’un maillage d’escales pour surveiller les couloirs maritimes