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La Russie n’a pas grand-chose de la superpuissance qu’était naguère l’URSS. 
© DMITRY ASTAKHOV

Éditorial

Le piège de Vladimir Poutine

Les rétorsions occidentales consécutives à l’empoisonnement de Sergueï Skripal risquent de faire une nouvelle fois le jeu de Vladimir Poutine, et de sa rhétorique d’assiégé. C’est tout le dilemme posé par le futur président russe

A qui profite le crime? L’empoisonnement d’un ancien espion russe et de sa fille réfugiés en Grande-Bretagne provoque une nouvelle crise entre Moscou et l’Occident. Face aux dénégations du Kremlin, le Royaume-Uni s’apprête à expulser une vingtaine de diplomates russes. Après un moment de flottement, Paris, Berlin et Washington ne doutent pas non plus de la culpabilité de Moscou.

On peut s’interroger sur les motifs de cette tentative de meurtre juste avant le premier tour de la présidentielle russe. Vu la réelle popularité du président mais aussi le verrouillage du système politique, Vladimir Poutine sera réélu haut la main dès le premier tour dimanche. Le président sortant dispose d’une marge abyssale sur la maigre concurrence. Suggérer que l’attaque chimique de Salisbury a été conçue pour faire dérailler son triomphe électoral relève de la fantaisie. Aucun élément ne vient l’étayer.

En revanche, même si Londres n’a pas apporté de preuve définitive de l’implication russe et que les mensonges de Tony Blair sur les armes de destruction massives irakiennes jettent encore une ombre sur le débat, de nombreux éléments pointent vers Moscou. Le Novitchok, le gaz innervant utilisé – c’est la première utilisation d’une arme chimique sur sol européen depuis la Seconde Guerre mondiale –, a été inventé par les Soviétiques.

Lire aussi: Vladimir Fédorovski: «Il y a une malédiction au Kremlin, il n’y a jamais de succession organisée»

La Russie aurait donc, au minimum, perdu le contrôle sur cette substance, beaucoup plus toxique que le sinistre gaz sarin utilisé il y a trente ans par Saddam Hussein contre les Kurdes et plus récemment par Bachar el-Assad sur les zones rebelles en Syrie. De même, Moscou et Vladimir Poutine lui-même n’ont jamais fait mystère du traitement qu’ils entendaient réserver aux «traîtres».

S’il y a un dirigeant qui profite de la tension internationale, c’est bien le président russe. Ces dernières semaines, le candidat Poutine a tiré jusqu’à la nausée sur la corde de la confrontation avec l’Occident. Présentation de nouvelles armes nucléaires capables de perforer les défenses de l’ennemi, dernier meeting électoral en Crimée annexée, comme un ultime pied de nez aux sanctions occidentales.

Flatter la grandeur russe et exalter la revanche prise sur l’effondrement de l’URSS reste la plus efficace des mamelles du poutinisme. Car, pour le reste, le système montre de sérieux signes d’essoufflement, sur fond de cours du pétrole moins élevés, dont la Russie est si dépendante.

Dans cette nouvelle escalade, il serait trompeur de voir une résurgence de la Guerre froide. La Russie n’a pas grand-chose de la superpuissance qu’était naguère l’URSS. Son PIB équivaut à celui de l’Espagne. Si Moscou pèse dans les débats internationaux, c’est surtout par sa capacité de nuisance, en soutenant les pires régimes de la planète et en tentant d’influer sur les élections des démocraties. Jusqu’ici, ces dernières ont plutôt fait le dos rond. On ne peut pas dire que cela a été concluant. Mais les rétorsions risquent de faire une nouvelle fois le jeu de Vladimir Poutine, et de sa rhétorique d’assiégé. C’est tout le dilemme posé par le futur président russe.

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