Alors que les efforts diplomatiques se multiplient malgré l'incapacité de la communauté internationale à se mettre d'accord sur les moyens de régler ce conflit dévastateur, une réunion de dix pays occidentaux et arabes opposés au pouvoir syrien se déroule à Paris pour évoquer la tragédie dans la ville septentrionale.

Russes et Iraniens appuient militairement le président Bachar al-Assad qui enregistre d'importants succès face aux rebelles. Les Occidentaux hostiles à M. Assad cherchent eux à trouver une issue politique à la guerre qui a fait depuis mars 2011 plus de 300.000 morts et jeté hors de leur foyer plus de la moitié de la population.

Violents bombardements

A Alep, le principal front du conflit, le régime, appuyé au sol par des combattants iraniens et du Hezbollah libanais, a continué de pilonner par les airs et à l'artillerie lourde les derniers quartiers rebelles, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

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Les bombardements sont violents et des colonnes de fumée s'élèvent dans le ciel de plusieurs secteurs, selon un correspondant de l'AFP.

«Le pilonnage est d'une intensité inouïe», a dit à l'AFP Ibrahim Abou al-Leith, le porte-parole de l'organisation des secouristes des Casques Blancs à Alep, présent dans l'un des quartiers rebelles. «Les rues sont pleines de gens sous les décombres. Ils meurent parce qu'on ne peut pas les sortir de là», a-t-il ajouté.

Le régime contrôle 85%

Le régime contrôle désormais 85% des quartiers que les insurgés tenaient avant le lancement le 15 novembre d'une offensive qui a causé la mort de plus de 400 civils à Alep-Est et poussé quelque 80 000 à la fuite.

Acculés dans leur dernier carré, les rebelles ont tiré des roquettes sur les quartiers prorégime, tuant neuf civils, selon l'OSDH. Plus de 100 civils y ont péri depuis le début de l'opération.

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Le régime Assad a ignoré les appels internationaux à la trêve et son allié russe a affirmé que l'offensive d'Alep ne cesserait qu'après le départ de tous les «bandits», en allusion aux rebelles.

L'ONU, qui évalué à environ 100 000 le nombre des civils encore dans les quartiers rebelles, a affirmé que des groupes insurgés et jihadistes empêchaient les habitants de quitter la zone des combats et dit s'inquiéter d'allégations sur la disparition de centaines d'hommes passés dans les secteurs prorégime.

Un tournant dans la guerre

Pour les observateurs, la perte par les rebelles de leur principal bastion en Syrie semble inéluctable et marquerait un tournant dans la guerre. C'est l'intervention militaire russe en septembre 2015 qui a aidé un régime en mauvaise posture à inverser la situation.

«Tout le monde sait qu'Assad aurait dû finir pendu depuis longtemps. Mais il a parié sur la Russie et a gagné», estime l'expert russe Pavel Felguenhauer.

Qualifiant le conflit de «pire catastrophe depuis la Seconde guerre mondiale», le secrétaire d'Etat américain participait samedi à Paris à une réunion de pays occidentaux et arabes, de la Turquie et l'Union européenne, pour parler d'Alep.

Elle se tient avant une réunion «technique» américano-russe à Genève pour tenter de «sauver Alep d'une destruction absolument totale», selon les termes de M. Kerry. «Un cessez-le-feu, une aide humanitaire et un départ de l'opposition (armée) et des civils d'Alep» y seront évoqués, a précisé le département d'Etat.

Ces efforts ont été précédés par l'adoption à une large majorité à l'Assemblée générale de l'ONU d'une résolution demandant une «cessation complète de toutes les attaques contre des civils» en Syrie et appelant à la levée des sièges avec un «accès humanitaire rapide, sûr et inconditionnel».

Innombrables fronts

Déclenchée par la répression brutale de manifestations pacifiques prodémocratie, la guerre en Syrie est devenue très complexe avec la montée en puissance de groupes jihadistes comme l'organisation Etat islamique (EI), l'implication de forces régionales et de puissances internationales.

Les fronts s'y sont multipliés sur un territoire très morcelé entre une multitude de belligérants -régime, rebelles, jihadistes, Kurdes-, soutenus par différents acteurs internationaux. Ainsi au sud d'Alep, dans la province centrale de Homs, l'EI est parvenu à la périphérie de la cité antique de Palmyre, d'où il avait été chassé en mars, à la faveur d'une offensive contre les prorégime, selon l'OSDH.

Une coalition internationale dirigée par les Etats-Unis bombarde depuis 2014 l'EI en Syrie, surtout à Raqa (nord), la capitale de facto des jihadistes.

Samedi, le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter a annoncé le déploiement en Syrie de 200 soldats supplémentaires pour appuyer les 300 soldats déjà dans le pays pour conseiller une coalition arabo-kurde qui cherche à chasser l'EI de Raqa.

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