«Le thé est excellent, merci»: un pilote de chasse indien capturé mercredi par le Pakistan dans la région disputée du Cachemire est devenu le visage humain de la confrontation entre les deux frères ennemis d’Asie du Sud.

Après vingt-quatre heures d’incertitude, le Pakistan a indiqué qu’il libérerait vendredi le lieutenant-colonel Abhinandan Varthaman en «geste de paix» envers l’Inde. Les deux pays sont en crise aiguë depuis un raid aérien indien mardi contre, selon New Delhi, un camp islamiste situé en territoire pakistanais.

En réponse, des avions de chasse pakistanais avaient traversé mercredi la frontière de facto au Cachemire. Dans les combats qui ont suivi, le Pakistan a affirmé avoir abattu deux avions indiens et capturé le pilote Varthaman. L’Inde a de son côté déclaré avoir perdu un avion et abattu un avion pakistanais, ce qu’a démenti Islamabad.

Images virales sur les réseaux

Médias et réseaux sociaux pakistanais partageaient largement mercredi et jeudi des vidéos du pilote prisonnier, des images qualifiées de «vulgaires» par New Delhi et absentes des médias indiens.

Sur la première vidéo, visiblement filmée au téléphone portable peu après le crash de son avion du côté pakistanais de la ligne de cessez-le-feu au Cachemire, des habitants passent à tabac le pilote dans un ruisseau. Des soldats pakistanais essayent de le protéger, criant «Stop! Stop!». On entend une détonation qui semble être un coup de feu.

Une seconde vidéo, tournée un peu plus tard, montre le prisonnier les mains liées à une chaise et les yeux bandés. Il a du sang sur le visage. D’un ton calme, il décline son identité et son matricule.

«Puis-je demander un peu plus d’informations? Suis-je avec l’armée pakistanaise?» s’enquiert-il. L’objectif zoome sur alors son écusson, qui porte les lettres «ABHI».

Une troisième vidéo, diffusée en fin de journée par l’armée pakistanaise, montre Abhinandan Varthaman les mains libres et les yeux dégagés. Son œil droit est enflé. Il boit un thé dans une tasse. «J’espère que vous aimez le thé», dit un interlocuteur hors champ. «Le thé est excellent, merci», répond le militaire indien.

Un héros en Inde

À propos de sa situation, il déclare face caméra: «les officiers de l’armée pakistanaise m’ont très bien traité. Ce sont de vrais gentlemen, à commencer par le capitaine qui m’a sauvé du lynchage». On ignore s’il parlait sous la contrainte.

En Inde, le pilote capturé est vite devenu un héros pour une opinion publique chauffée à blanc. Les mots-dièses #GivebackAbhinandan et #Abhinandanmyhero étaient tendance sur Twitter.

Son refus poli de répondre à certaines questions des militaires pakistanais – «Je suis désolé commandant, je ne suis pas censé vous dire cela» – suscitaient notamment l’admiration des internautes indiens. «Un tel calme et une telle résilience face à l’adversité. Prières pour notre brave pilote #AbhinandanVarthaman», a ainsi tweeté l’acteur de Bollywood Emraan Hashmi.

Cet épisode éveille dans la mémoire indienne des circonstances similaires lorsqu’en 1999 le pilote indien Kambampati Nachiketa avait été abattu et capturé par le Pakistan au Cachemire. Il avait été rendu à son pays environ une semaine plus tard.

L’avion d’Abhinandan Varthaman figurait parmi ceux dépêchés par l’armée de l’air indienne pour contrecarrer une incursion aérienne pakistanaise au-dessus de la frontière de fait entre les deux pays au Cachemire. Après avoir été abattu, le pilote ignorait de quel côté de la frontière il se trouvait et a tiré un coup de pistolet pour effrayer des garçons venus l’encercler, a rapporté le quotidien pakistanais Dawn. Il a ensuite pris la fuite à pied et essayé d’avaler des documents en sa possession, d’après ce média.