Islande

Les pirates islandais au seuil du pouvoir

Les élections législatives anticipées se tiennent ce samedi. La jeune formation libertaire fondée par Birgitta Jonsdottir pourrait devancer les conservateurs du Parti de l’indépendance et obtenir le droit de former une coalition gouvernementale

Au coude à coude avec le Parti de l’indépendance, le Parti pirate islandais pourrait gagner le droit de former la prochaine coalition de gouvernement à l’issue des élections législatives anticipées ce samedi. Les derniers sondages lui donnent plus de 20% des suffrages, ce qui lui permettrait de dépasser les 15 députés au sein de l’Althing (le parlement islandais de 63 sièges) où elle ne compte que trois élus actuellement. Certains médias lui en prédisent le double. Un résultat favorable permettrait au parti libertaire de former une coalition de gouvernement avec le Parti vert, le Parti social-démocrate et Bright Future (centriste).

Adopter une nouvelle constitution

Fondé en 2012 par Birgitta Jonsdottir, le Parti pirate milite pour une plus grande transparence de l’information, un meilleur accès des citoyens au processus de décision des dirigeants ainsi qu’une lutte accrue contre la corruption. La principale proposition du parti concerne l’adoption d’une nouvelle Constitution acceptée par les citoyens lors d’un référendum, mais bloquée par les élus parlementaires en 2013. Une autre, abondamment relayée, veut accorder la nationalité islandaise à Edward Snowden, le lanceur d’alerte américain et ancien informaticien de la NSA.

Fragilisée par la crise financière de 2008, la confiance des Islandais pour leur classe politique a volé en éclat en avril dernier lorsque les «Panama Papers» ont révélé l’existence de comptes offshore détenus par l’entourage du premier ministre conservateur Sigmundur David Gunnlaugsson. Ce dernier a été forcé de démissionner sous la pression populaire. Ces révélations fracassantes n’ont pourtant pas provoqué le changement politique attendu par la majorité des Islandais. «Le gouvernement est toujours le même, déclarait vendredi au quotidien canadien Le Devoir Snaebjörn Brynjarsson, jeune candidat du Parti pirate. Malgré le départ du premier ministre Gunnlaugsson, des ministres impliqués [dans ce scandale financier] sont encore au pouvoir.»

Une meneuse atypique

Si elle dirige effectivement le parti et en est le porte-drapeau charismatique, Birgitta Jonsdottir n’y a pas officiellement de statut de leader. Elle rappelle du reste qu’en raison de sa structure horizontale et de son aversion pour les hiérarchies, le Parti pirate ne peut avoir de vrai chef. Née en 1967 à Reykjavik d’un père armateur qu’elle n’a jamais connu et d’une mère musicienne, Birgitta Jonsdottir se consacre d’abord à la poésie avant de s’orienter vers la politique et le militantisme. Après avoir été porte-parole d’une organisation écologiste, elle devient activiste pour WikiLeaks et participe à la publication d’une vidéo montrant des soldats américains tirant sur des civils depuis un hélicoptère à Bagdad.

Birgitta Jonsdottir admet qu’en cas de victoire de son parti aux élections (qu’elle considère comme «un entretien d’embauche avec la nation»), elle préférerait occuper le poste de président du parlement plutôt que celui de premier ministre. Elle raconte sur son blog avoir rêvé d’un tel événement et en avoir tiré un poème, poème dont est tirée la strophe suivante: «J’ai rêvé l’autre nuit que j’entrais en politique/Et que j’allais devenir la première femme premier ministre d’Islande/C’était un vrai cauchemar/Si vous entrez dans les arcanes du pouvoir/Qu’adviendra-t-il de vous?»

Un parti proche de la population

«Nous connaissons bien le Parti pirate islandais avec qui nous échangeons régulièrement comme lors de la Munich Security Conference de février où nous avons abordé les enjeux humanitaires des aspects sécuritaires de la société numérique, explique Guillaume Saouli, coprésident du Parti pirate suisse. Nous partageons un grand nombre de points de vue et de valeurs.»

Comment alors expliquer l’écart entre le score électoral promis aux pirates islandais et ceux des autres Etats européens où existent des formations similaires? Par la crise de 2008 et les révélations des «Panama Papers»?

«Pas seulement, poursuit Guillaume Saouli. Le parlement islandais est composé de 63 membres élus par une population de seulement 332 000 habitants, moins de la moitié de celle du canton de Vaud. La formation est très accessible et ses élus n’habitent pas une tour d’ivoire, ils dialoguent avec le peuple. La popularité des pirates islandais repose à la fois sur cette proximité avec les électeurs et sur un travail parlementaire efficace. Il faut également rappeler que ce parti n’est pas une structure créée ex nihilo, mais l’aboutissement d’un mouvement social né en 2008 qui a mûri lentement.»

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