Le Royaume-Uni est en train de prouver la règle numéro 1 du confinement: plus la mesure est imposée tardivement, plus elle doit durer longtemps pour réussir à enrayer l’épidémie. Avec une obligation de rester chez soi qui n’a commencé que le 23 mars, une semaine après la France et deux semaines après l’Italie, le pays a perdu un temps précieux, symbolisé par l’attitude initialement très légère de Boris Johnson.

Sept semaines plus tard, le Royaume-Uni a le pire bilan d’Europe, avec 31 500 morts officiels, et une surmortalité qui dépasse 50 000 personnes. C’est dans ce contexte que le premier ministre britannique, qui a lui-même frôlé la mort, passant trois jours en soins intensifs, a fait dimanche le tout premier pas vers un début de déconfinement, en trois phases. 

Lire aussi: «Ressuscité» à Pâques, Boris Johnson devient politiquement intouchable

Dès ce dimanche, fini le slogan «Restez à la maison», place désormais à «Restez en alerte». Bien plus flou, le message autorise à faire autant d’exercice physique que souhaité, permettant par exemple les longues promenades en forêt, tant que la distanciation sociale de 2 mètres est respectée. Les masques sont recommandés dans les transports publics et les magasins, mais pas obligatoires.

L’objectif est cependant une ouverture du pays très graduelle. «Restez chez vous autant que possible», «travaillez chez vous si vous le pouvez», «limitez les contacts avec les autres» demeurent les recommandations gouvernementales…

Le public nous pardonnera pour les erreurs qu’on a commises au début du confinement, pas pour celles commises à la sortie

Un conseiller du gouvernement

La deuxième phase, «au plus tôt le 1er juin», envisage l’ouverture progressive des écoles primaires et des magasins. Pour les écoles secondaires, l’objectif est que les élèves revoient partiellement leurs professeurs «avant les vacances» (prévues fin juillet). Enfin, la troisième phase, «au plus tôt d’ici à juillet», prévoit l’ouverture de «certains lieux d’hospitalité et de lieux publics», qui pourraient comprendre les pubs. Il faudra y imposer les distances sociales.

Cette approche, remplie de conditionnels et de précautions, représente une marche arrière pour Boris Johnson. Mercredi, à la Chambre des communes, il laissait entendre qu’il irait plus vite: «Nous introduirons, si nous le pouvons, certaines de ces mesures (de déconfinement) dès lundi.» Les tabloïds, poussés par des fuites orchestrées par le gouvernement, avaient interprété cela comme un tournant. «Hourra! La libération du confinement approche», titrait le Daily Mail.

Lire également: Boris Johnson reprend son poste dans un pays sans direction

La prudence du premier ministre britannique est en partie un calcul politique. «Le public nous pardonnera pour les erreurs qu’on a commises au début du confinement, pas pour celles commises à la sortie», explique un conseiller du gouvernement cité par le Sunday Times. Une étude évoque 100 000 morts supplémentaires si le déconfinement est réalisé trop vite.

Un long cheminement

Or, tout indique que le Royaume-Uni n’est pas prêt. Le nombre de nouveaux cas stagne obstinément depuis plusieurs semaines, avec près de 5000 tests positifs journaliers. Il s’agit en partie d’un effet d’optique, puisque le nombre de tests augmente chaque jour, mais c’est malgré tout inquiétant. Robert Jenrick, ministre des Collectivités locales, reconnaît aussi un «problème sérieux dans les maisons de retraite». Avant la pandémie, environ 3000 personnes y mouraient chaque semaine. Les deux dernières semaines d’avril, le bilan est passé à plus de 8000 décès hebdomadaires.

Le Royaume-Uni n’est pas non plus prêt à mener à grande échelle une stratégie de «test et traçage», comme l’a suivie la Corée du Sud, par exemple. Le pays réalise un peu moins de 100 000 tests par jour, ce qui était pourtant l’objectif officiel, et Boris Johnson veut encore doubler ce nombre. Par ailleurs, l’application de traçage sur téléphone portable n’est pas au point. Le gouvernement en développe une, qui est au stade de l’expérimentation, auprès des habitants de la petite île de Wight. Le cheminement vers un retour à une vie proche de la normale s’annonce très long.