La tempête s'abat en rafales sur la baie de Laxe, un port de pêche situé à environ 60 km au sud de La Corogne. Sous la force du vent, les palmiers se tendent à l'extrême. Dans les ruelles désertes, seul s'aventure Antonio Videus, la quarantaine, un pêcheur venu vérifier l'état de son embarcation, laquelle n'a pas bougé de place depuis le naufrage du pétrolier Prestige. Il cherche un abri, et fait part de son inquiétude: «Ce sont des vents d'ouest qu'on entend siffler. Ce n'est pas de très bon augure. Cela risque d'entraîner des tonnes de fioul vers les côtes. Les marées noires, on en a déjà eu assez par ici.»

Tout au long de la «côte de la mort», domine un sentiment d'impuissance face au risque d'extension de la marée noire, 300 kilomètres ont déjà été touchés. Alors que toute navigation a été interdite jusqu'à nouvel ordre, des informations contradictoires circulent sur l'avancée du fioul déversé par le pétrolier. «A en croire les prévisions officielles, la menace varie d'heure en heure, tantôt sérieuse, tantôt lointaine. En fait, on est livré à notre propre sort, et les moyens disponibles sont notoirement insuffisants», résume Anton Carracedo, maire de Laxe, un port dont les environs immédiats sont très affectés par les coulées d'hydrocarbure.

En raison de certaines prévisions météorologiques alarmistes, le sentiment d'inquiétude s'est répandu au-delà du cap Finisterre, le long d'un littoral encore épargné par la marée noire. Dans les «Rias Baixas», région de profonds bras de mer riches en crustacés, beaucoup se préparent au pire. A Muros, fortement menacé, et à O Grove, des centaines de pêcheurs travaillent à un rythme soutenu pour accélérer le ramassage des moules. Sur le littoral des îles de Ons et de Salvora, un parc naturel très fréquenté, d'autres ont anticipé la collecte des pouces-pieds.

Quant aux habitants de la région d'Arousa, non loin de Saint-Jacques de Compostelle, où 15 000 familles vivent directement grâce à l'aquaculture, ils refusent d'écouter les messages d'apaisement que leur a adressés le ministre régional de la Pêche. De leur propre initiative, ils ont mobilisé quelque 300 embarcations de pêche pour improviser une barrière anti-contamination. Antonio Videus se montre peu optimiste: «Globalement, la région n'est pas assez équipée pour faire face à ce coup du sort. Et puis, le pire est certainement à venir. Officiellement, il y a 19 000 tonnes de fioul qui demeurent au large. Il faut bien qu'elles débouchent quelque part.»