Pour la première fois depuis dix ans, des Palestiniens ont brûlé jeudi des drapeaux américains dans les rues de Ramallah. Des manifestations ont également été organisées dans plusieurs villes de Cisjordanie et d’autres sont annoncées pour ce vendredi. Y compris à Jérusalem-Est, où elles risquent d’être violentes.

Ces défilés constituent la première réaction palestinienne au discours prononcé mercredi par Barack Obama à la tribune des Nations unies. Une allocution dans laquelle il a, entre autres, confirmé que son pays opposerait un veto à toute demande de reconnaissance d’un Etat palestinien présentée au Conseil de sécurité.

«C’est le pire discours pro-israélien qu’il m’a été donné d’entendre de la part d’un président américain. Même dans mes pires cauchemars je n’aurais pas imaginé cela. Barack Obama nous a vendus devant le monde entier pour défendre ses intérêts électoraux dans la course à la présidence», a déclaré Azzam el-Ahmad, un membre de la délégation de l’Autorité palestinienne (AP) accompagnant Mahmoud Abbas à New York.

Contacté par téléphone à Ramallah, Soufian Abou Zaïdeh, un modéré du Fatah, affirme que les dirigeants palestiniens «n’ont pas été surpris par la position américaine». «Ils nous avaient prévenus et nous savons lire les journaux», poursuit-il. «Sommes-nous déçus? Non, parce que nous sommes habitués aux retournements de veste et aux promesses non tenues. Et puis, nous connaissons la puissance du lobby sioniste aux Etats-Unis.»

Pour Soufian Abou Zaïdeh, le veto américain «n’est finalement pas une mauvaise affaire puisqu’il dévoile le vrai visage du président américain et qu’il le discrédite aux yeux du monde arabe, qu’il avait tenté de séduire au début de son mandat». Et d’ajouter: «Que Barack Obama le veuille ou non, nous en avons assez de l’occupation. Nous reviendrons donc à la charge au Conseil de sécurité aujourd’hui, demain, dans un an. Autant qu’il le faudra jusqu’à ce que nous obtenions finalement gain de cause.»

A contrario, la majorité de la classe politique israélienne se félicite du soutien public apporté par Barack Obama à l’Etat hébreu. «C’était plus qu’un discours pro-israélien, c’était un discours israélien tout court. Un plaidoyer sioniste qui efface tous les doutes que nous avons pu entretenir à propos de Barak Obama», a estimé le chroniqueur politique Dan Margalit. Quant au vice-premier ministre, Silvan Shalom (Likoud), il s’est félicité que «le président américain a clairement fait comprendre à l’AP qu’elle n’a rien à espérer d’une initiative unilatérale à l’ONU». «S’il ne veut pas rentrer à Ramallah avec la queue entre les jambes et affronter la colère de son peuple, Mahmoud Abbas doit descendre de l’arbre sur lequel il s’est juché afin de revenir rapidement à des négociations bilatérales», a-t-il ajouté.

Tant l’entourage du président palestinien que celui du premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, déclarent «avoir pris acte» de la proposition de Nicolas Sar­kozy laissant un délai d’un mois aux deux parties pour reprendre le processus de paix, de six mois pour fixer le tracé des frontières, et d’un an pour aboutir à un accord global.

Inspirée par les propositions de la haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères, Catherine Ashton, cette feuille de route prévoit également que, durant cette période, l’AP bénéficierait d’un statut spécial d’observateur à l’ONU semblable à celui du Vatican. Cela afin de permettre à Mahmoud Abbas de ne pas réintégrer les mains vides son palais présidentiel à Ramallah.

Certes, l’AP et l’Etat hébreu n’ont pas rejeté d’emblée la proposition française. Mais, à Ramallah comme à Jérusalem, personne n’y croit sérieusement, même si le Quartette lancera aujourd’hui un nouvel appel à la reprise des négociations directes.

Les commentateurs israéliens et palestiniens rappellent d’ailleurs que, en octobre 2010, le président français avait déjà appelé Benyamin Netanyahou et Mahmoud Abbas à participer à une conférence internationale de paix qu’il voulait organiser au début de cette année à Paris. Comme le veulent les usages diplomatiques, les deux parties s’étaient empressées de trouver l’idée «intéressante» avant de l’enterrer discrètement quelques jours plus tard. ö Page 13