Corollaire de l'impasse sécuritaire, la Somalie se trouve dans une situation humanitaire dramatique, «la plus critique du monde», s'alarme Bruno Jochum, directeur des opérations pour la branche suisse de Médecins sans frontières (MSF). «Et l'humanitaire a ses limites. Il ne parviendra pas à empêcher le pire.»

MSF était l'une des rares organisations non gouvernementales présentes en Somalie avec du personnel étranger. Elle a décidé de le rapatrier, après la mort de trois de ses collaborateurs à Kismayo, dans le sud du pays, lors d'un attentat à la bombe fin janvier. «La polarisation du conflit ne fait que s'accroître entre, d'un côté, les gouvernements qui soutiennent le gouvernement de transition et, de l'autre, l'opposition qui se radicalise. Tout cela laisse peu de place à l'action humanitaire, ajoute Bruno Jochum. La quantité et la qualité de l'assistance diminuent alors que les besoins augmentent.»

Terrorisés par les combats, les habitants de Mogadiscio continuent de s'enfuir par vagues pour s'entasser dans des camps de fortune au nord de la ville, où se sont déjà réfugiés 700000 déplacés l'an dernier. «La résilience de la population est très affectée», martèle le chercheur François Piguet. Pour ajouter à ses malheurs, la sécheresse persistante qui sévit dans le pays a affecté ses zones fermières, situation aggravée par l'envolée mondiale du prix des denrées alimentaires et la forte dépréciation du shilling somalien. Des émeutes de la faim ont éclaté cette semaine dans la capitale. Elles ont fait plusieurs morts. Une «catastrophe nutritionnelle» se prépare, redoute François Piguet.