Les dirigeants et militants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, indépendantiste) ont soudainement senti, ces derniers jours, le sol se dérober sous leurs pas. Après la capture de leur «grand leader» Abdullah Öcalan et son incarcération en Turquie dans une prison de haute sécurité, ils voient l'Europe démocratique durcir sensiblement ses positions à leur endroit. Et tous se demandent s'il s'agit là d'une simple réaction à leurs débordements de ces derniers jours (aux occupations d'ambassades notamment) ou d'une offensive généralisée visant à anéantir leur mouvement, au moment où celui-ci est sonné de coups.

Si les Quinze ne participent certainement pas à un vaste complot antikurde, force est de constater que leur attitude récente a de quoi inquiéter le PKK. Et il n'est pas seulement question ici de leur passivité devant l'errance désespérée d'Abdullah Öcalan mais d'initiatives officielles prises au début de cette semaine.

Premier exemple: tout en demandant la présence d'observateurs internationaux au procès du dirigeant indépendantiste, les ministres européens des Affaires étrangères, réunis lundi à Luxembourg, n'ont pas fait figurer une seule fois le mot «kurde» dans leur communiqué. Ce qu'une porte-parole du PKK, Mizgin Sen, a qualifié le lendemain à Bruxelles de «honte» et de «trahison». Et de dénoncer l'«hypocrisie» d'une Union européenne, qui, par ses silences, «nie totalement l'existence d'une question kurde en Turquie».

Second exemple: les responsables de l'Intérieur des Quinze (ou leurs représentants), réunis mardi à Bonn, ont clairement prédit un durcissement de politique face aux indépendantistes kurdes. A l'issue de la rencontre, le ministre allemand, Otto Schily, entouré de son homologue autrichien, Karl Schloegl, et de la commissaire européenne Anita Gradin (Suède) a souligné en conférence de presse la volonté des participants de «poursuivre dans les semaines à venir» les opérations visant à prévenir d'autres débordements, avant de promettre une intensification des efforts des pays membres pour «échanger» leurs informations et même casser «la logistique du PKK».

Ces dirigeants ont légitimé leur attitude en soulignant le caractère organisé des manifestations kurdes, organisées simultanément à travers tout le Vieux Continent. Ce sur quoi est revenu mercredi le parquet fédéral allemand. Ce dernier a annoncé qu'il envisageait de classer à nouveau le PKK parmi les organisations terroristes (il est seulement considéré, depuis janvier 1998, comme une «organisation criminelle»), s'il s'avérait que le mouvement de protestation de ces derniers jours obéissait bien à une direction centralisée.

La Suisse s'est pour sa part alignée sur ses voisins. Mercredi à Berne, le conseiller fédéral Arnold Koller, qui avait participé à la conférence de mardi, a remercié la présidence allemande de l'Union de l'avoir invité. Une telle occasion d'échanges correspond, en effet, au désir des autorités fédérales de prendre part le plus assidûment possible à l'espace européen en matière de coopération policière (accords de Schengen) et d'asile (accords de Dublin). Or, cette faculté leur avait été jusqu'ici refusée.

Le chef du Département fédéral de justice et police a ainsi estimé, à l'instar de ses collègues, qu'il fallait s'attendre à d'autres manifestations violentes des indépendantistes kurdes. Il a parallèlement indiqué que le droit serait «appliqué dans toute sa rigueur» et que les responsables des actes illégaux de la semaine dernière seront poursuivis. En revanche, une interdiction du PKK en Suisse ne serait pas à l'ordre du jour.

Avec la collaboration de Sylvain Besson, Berne