L’ONU est encore loin d’avoir trouvé les places d’accueil qu’elle réclame pour les réfugiés syriens. Mercredi, lors d’une conférence internationale convoquée à Genève, rares sont les Etats à avoir annoncé de nouvelles mesures d’accueil. Seuls une dizaine de ministres ont fait le déplacement.

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A la mi-journée, alors que les débats doivent se poursuivre jusqu’en soirée, seules l’Italie ou la Suède ont promis de réinstaller de nouveaux réfugiés syriens pour soulager les pays limitrophes. Depuis le début de la guerre en 2011, les pays de la région ont accueilli 4,8 millions de Syriens. La Suisse, représentée par le secrétaire d’Etat aux migrations Mario Gattiker, s’en est tenue à ses engagements précédents.

«Les communautés d’accueil sont épuisées. Les pays voisins ont fait bien plus que leur part», avait pourtant prévenu Ban Ki-moon en ouvrant la conférence. Le secrétaire général de l’ONU, qui revenait de la région, a exigé «une hausse exponentielle» de la solidarité envers les pays de premier accueil. «Malgré leur frustration, j’ai vu l’espoir dans les yeux des réfugiés syriens. Nous ne pouvons pas les laisser tomber. Ils sont jeunes. Ils sont capables et déterminés à apprendre. Ceux qui les diabolisent ne sont pas seulement irresponsables, ils ont tort», a-t-il ensuite estimé devant la presse.

Le HCR estime que 480 000 réfugiés syriens, les plus vulnérables d’entre eux, ont besoin d’être réinstallés dans des pays tiers. Soit 10% des réfugiés hébergés en Turquie, au Liban ou en Jordanie. A ce jour, 170 000 places ont été promises, mais moins de la moitié des réfugiés ont effectivement été transférés.

«Une alternative aux passeurs»

«La réinstallation est une alternative pour éviter que les réfugiés syriens ne mettent leur vie dans les mains de passeurs, a plaidé Filippo Grandi, le patron du HCR. Mais il y en a d’autres.» Le HCR appelle les Etats à faciliter les procédures de regroupement familial, à accorder davantage de visas humanitaires ou pour des étudiants syriens.

Les pays voisins de la Syrie semblent ne plus croire à ces promesses. A la tribune, Rachid Derbas, le ministre libanais des Affaires sociales, a qualifié la réinstallation de «traitement palliatif visant à soulager les consciences». Le Liban accueille un million de réfugiés syriens, soit un habitant sur cinq. Le ministre place plutôt ses espoirs dans le processus de paix syrien et sur le fait que le cessez-le-feu tient plus ou moins depuis un mois. «La prochaine étape sera l’établissement de zones sûres pour que les Syriens commencent à rentrer chez eux», a souhaité Rachid Derbas.

Mais, pour le HCR, il est encore trop tôt pour penser aux retours. «Ceux-ci doivent être volontaires, a tempéré Filippo Grandi. Le jour où ils se sentiront suffisamment en sécurité, vous pouvez être sûrs que les Syriens voudront rentrer chez eux. Le HCR sera alors à leurs côtés pour les aider.»

Divergences sur l’accord avec la Turquie

Selon le HCR, les efforts de réinstallation n’exonèrent pas les Etats de leur obligation d’accorder l’asile aux Syriens. Filippo Grandi a dénoncé «certains Etats européens» qui n’assument pas leur part de responsabilité. Il a aussi réitéré ses critiques envers l’accord du 18 mars entre l’Union européenne et la Turquie, qui prévoit le renvoi vers cette dernière de tous les migrants qui débarquent sur les îles grecques. Ban Ki-Moon est apparu plus nuancé qualifiant cet accord de «bon début». Dans un second temps, les réfugiés syriens rapatriés vers la Turquie pourront être relocalisés au sein de l’Union européenne.