Sécurité collective

Le plaidoyer d’Antonio Guterres pour le désarmement

Le secrétaire général des Nations unies a dévoilé jeudi son agenda de désarmement. Une manière de remettre la question au centre des préoccupations internationales à l’heure où les menaces nucléaires, chimiques et bactériologiques n’ont jamais été aussi grandes

Jeudi, devant une salle comble à l’Université de Genève, le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres a présenté à un moment critique son agenda du désarmement, un document de 74 pages intitulé «Sécuriser notre avenir commun». «Nous vivons une époque dangereuse», a relevé le patron de l’ONU, inquiet de voir les Etats développer leur propre sécurité au détriment d’une sécurité collective aujourd’hui mal en point et désireux de relancer la dynamique d’un désarmement en panne.

Son discours a été prononcé quelques minutes après que Donald Trump a annoncé l’annulation du sommet qu’il était censé avoir avec le leader nord-coréen Kim Jong-un à Singapour le 12 juin. Une nouvelle qu’il juge très préoccupante: «J’appelle les deux parties à avoir des nerfs d’acier pour mettre en place un dialogue qui permette d’atteindre l’objectif de dénucléarisation pacifique et contrôlée de la Péninsule coréenne.» Pour le Portugais, son agenda est «d’autant plus nécessaire» au vu de l’annulation du sommet de Singapour et du retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien.

Institutions paralysées

Antonio Guterres le reconnaît: les institutions multilatérales de désarmement sont pour la plupart paralysées. C’est le cas de la Conférence du désarmement, à Genève, qui n’a rien produit de probant depuis plus de vingt ans. Il craint une nouvelle guerre froide plus dangereuse encore, car la multipolarité du monde accroît l’imprévisibilité, et les mécanismes de négociation et de prévention de tout dérapage n’existent plus. «Il n’y a aucune mesure en place pour prévenir une escalade rapide résultant de menaces stratégiques.»

Le numéro un de l’ONU déplore que les Etats soient en train de moderniser leurs arsenaux nucléaires. Le dialogue stratégique, qui a notamment permis de conclure le nouveau Traité de réduction des armes stratégiques (Start) en 2010 entre les Etats-Unis et la Russie, est désormais inexistant.

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Au vu de cette dynamique, le secrétaire général salue le traité «historique» sur l’interdiction des armes nucléaires adopté à New York en juillet 2017. A ses yeux, le traité devrait inciter les puissances nucléaires à agir. Le monde recense au moins 15 000 têtes nucléaires dont plusieurs centaines peuvent être utilisées en l’espace de quelques minutes. «Nous sommes à une erreur mécanique, électronique ou humaine d’une catastrophe capable d’éradiquer des villes entières.» Le secrétaire général craint par ailleurs l’érosion des normes interdisant la production et l’utilisation des armes chimiques, comme on a pu le constater en Syrie.

Dépenses militaires doublées

Il est temps, poursuit Antonio Guterres, de remettre le désarmement au cœur des Nations unies, dont les principes fondateurs sont la paix et la sécurité. Il est prêt à mettre toute son énergie pour que les puissances nucléaires renouent avec le dialogue et pour s’assurer que les organes onusiens en charge du désarmement travaillent de façon plus cohérente. Mais la bataille du désarmement s’annonce difficile. Les dépenses militaires à l’échelle globale ont plus que doublé depuis la fin de la guerre froide.

Les recettes d’Antonio Guterres ne sont pas miraculeuses. Mais il juge essentiel d’intégrer davantage la société civile et les citoyens eux-mêmes, les jeunes en particulier. C’est cette même société civile qui a permis de sortir de l’immobilisme et d’adopter le Traité d’interdiction des armes nucléaires, voire celui d’interdiction des mines antipersonnel. Dans ce sens, la Conférence du désarmement de Genève va tenir en juin un forum avec la société civile. Une première à laquelle appellent de leurs vœux depuis des années plusieurs Etats dont la Suisse.

Pour le patron de l’ONU, un dernier facteur peut jouer un rôle fondamental: une plus grande intégration des femmes dans la prise de décision en matière de désarmement. Il rappelle les grandes dames, comme la diplomate Alva Myrdal qui avait obtenu le Nobel de la paix en 1982 ou encore Randall Forsberg qui avait mené le combat pour le gel des armes nucléaires en rassemblant plus d’un million de personnes à New York la même année.

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