L'affaire Eric Stauffer, du nom de l'homme d'affaires genevois qui a eu des démêlés avec les autorités de l'île Maurice, n'est de loin pas close. Le mois dernier, Le Temps révélait qu'il poursuivait le premier ministre de l'île, Navin Ramgoolam, le ministre de l'Industrie, Xavier Luc Duval, ainsi que la télévision mauricienne pour calomnie et diffamation. La plainte a été déposée à Genève. Bernard Bertossa, le procureur général du canton, vient de décider que, tout d'abord, la justice genevoise est compétente pour traiter l'affaire; de plus, la plainte contient assez d'éléments pénaux pour y donner suite. Une instruction contre les deux personnalités politiques et la télévision de l'île est donc ouverte.

«Aucune décision n'a encore été prise au sujet de l'envoi éventuel d'un juge d'instruction sur place», a déclaré Bernard Bertossa. En effet, les interrogatoires peuvent se faire aussi par correspondance ou encore par des policiers genevois dépêchés sur place. Pour Me Robert Assael, l'avocat d'Eric Stauffer, «il est satisfaisant que la procédure pénale aille de l'avant de manière à réprimer un comportement inadmissible, de surcroît de la part de personnes au pouvoir». Il ajoute: «Le procureur général a pris cette décision importante après avoir vérifié, selon les termes du Code de procédure, que les faits dénoncés peuvent constituer un délit.»

Pain bénit pour l'opposition

La décision de la justice genevoise fera sans doute grand bruit sur l'île qui traverse actuellement une chaude campagne électorale. Elle constitue du pain bénit pour l'opposition politique qui a fait de la corruption son principal cheval de bataille. Le premier ministre a en effet été poussé à dissoudre avant terme le parlement, en raison de multiples accusations de corruption contre plusieurs de ses ministres. D'ailleurs, Eric Stauffer ne se prive pas de faire remarquer qu'il a largement contribué à la chute du gouvernement. C'est lui qui a révélé les abus du ministre Duval qu'il avait côtoyé pendant des années dans les allées du pouvoir. Avant que les deux hommes ne deviennent des adversaires acharnés, ils étaient aussi associés au sein de la société financière Equinoxe. Le Genevois avait introduit son ami ministre dans les milieux d'affaires suisses qui ont par la suite effectué des investissements sur l'île.

Le premier ministre Navin Ramgoolam et Luc Xavier Duval ont maladroitement répondu aux révélations d'Eric Stauffer en brandissant un «rapport» qui se voulait compromettant pour l'accusateur. Et cette campagne de dénigrement était relayée en long et en large par la télévision mauricienne. Mais, son casier judiciaire étant vierge, le Genevois n'a pas hésité à déposer plainte pour calomnie et diffamation contre ses détracteurs. Confiante de remporter les élections le 11 septembre, l'opposition a promis une commission d'enquête sur les allégations contre le pouvoir sortant.