Le plan américain pour le Proche-Orient n'offre pas de solution définitive. Grâce au Financial Times et à Newsweek, qui se sont procuré le texte des propositions verbales de Bill Clinton – repris hier par Le Monde –, il est possible aujourd'hui d'en donner les détails. Ce plan propose des pistes, des manières de sortir des impasses existantes. Il n'amène pas de cartes. Les négociateurs devront les dresser en s'inspirant des grands principes posés par les Américains: contiguïté territoriale, échanges de territoires, sécurité, respect des aspirations juives et palestiniennes. Il constitue en fait la base des discussions qui devraient avoir lieu, si les parties acceptent de se rencontrer. En voici – résumés et simplifiés – les principaux points.

Territoires: «Je crois que la solution se trouve autour de 95%, entre 94 et 96% des territoires de la Cisjordanie dévolus à un Etat palestinien», aurait dit Bill Clinton. Les terres annexées par Israël doivent être compensées par une portion de terre de 1 à 3% en plus des arrangements territoriaux tels qu'un passage permanent de sécurité. Les parties devraient imaginer une carte basée sur les critères suivants: regroupement de 80% des colons, contiguïté des territoires, limitation des zones annexées, affecter un minimum de Palestiniens.

Sécurité: «La clé réside dans une présence internationale qui ne pourra être retirée que par consentement mutuel.» Cette force internationale serait chargée de contrôler l'application de l'accord; une petite force israélienne pourrait lui être subordonnée durant un certain temps. Israël pourrait continuer, sous conditions, à assurer sa sécurité dans certaines zones sensibles. L'Etat de Palestine serait «non militarisé» pour contenter à la fois Israël qui réclame que la Palestine soit «démilitarisée» et les Palestiniens qui souhaitent avoir un «armement limité».

Jérusalem: «Je crois, dit Bill Clinton en préambule, que les divergences qui demeurent ont plus à voir avec les formulations choisies qu'avec la réalité des faits.» Pour Jérusalem, les Américains proposent que ce qui est arabe revienne aux Palestiniens et que ce qui est juif revienne aux Israéliens. Le même principe est valable pour la Vieille-Ville. La donne se complique pour le Dôme du Rocher ou l'esplanade des Mosquées. Les Américains proposent dans tous les cas une souveraineté palestinienne sur l'esplanade et une souveraineté israélienne sur le mur occidental du complexe sacré, soit le Mur des Lamentations. La question du sous-sol, où se trouve historiquement le saint des saints de l'ancien temple juif, pourrait se régler par une souveraineté conjointe qui signifierait dans les faits que toute excavation doit avoir l'accord des deux parties.

Droit au retour des Palestiniens: Israël devrait reconnaître les souffrances morales et matérielles du peuple palestinien depuis la guerre de 1948. Les Américains se disent prêts à agir au niveau international pour aider les réfugiés palestiniens. «Le point d'achoppement principal, c'est comment interpréter le droit au retour. Je connais l'histoire de ce problème et sais combien il sera difficile pour les dirigeants palestiniens de paraître renoncer à ce principe», a déclaré le président américain sortant. «La partie israélienne ne peut pas accepter de référence à un droit au retour qui impliquerait le droit d'immigrer en Israël», a-t-il ajouté. La solution résiderait donc dans un Etat palestinien considéré comme la patrie de tous les Palestiniens quand l'Etat d'Israël serait la terre de tous les juifs. L'accord dirait clairement que retourner dans les terres du nouvel Etat palestinien serait acquis à tous les réfugiés palestiniens.

Fin du conflit: «Je propose que cet accord marque clairement la fin du conflit et que son application mette un terme à toutes les revendications», a conclu le chef de la Maison-Blanche, qui ajoute en forme d'ultimatum: «Ce sont mes idées. Si elles ne sont pas acceptées, elles ne resteront pas sur la table. Elles partiront avec moi lorsque je quitterai ma charge.»