L’Union européenne est appelée à revoir sa copie concernant l’étiquetage des plats industriels prêts à l’emploi. Alors que les règles actuelles, qui datent de février 2012, rendent obligatoire la mention de l’origine de la viande bovine, de porc, de la volaille et de l’agneau, vendue dans les boucheries ou les supermarchés, il n’y a aucune obligation d’information sur la provenance des ingrédients pour les plats surgelés.

La pression est venue plus particulièrement du président français François Hollande qui, lors de sa visite le week-end dernier au Salon de l’agriculture à Paris, a exigé un étiquetage plus complet sur les plats préparés. Sa demande a été soutenue par de nombreux pays dont l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Autriche, l’Irlande et le Portugal. C’est ainsi qu’en début de semaine, le commissaire Tonio Borg, chargé de la Santé et de la consommation, s’est engagé à accélérer la publication d’une étude de faisabilité pour cet automne. «Il est impossible de la terminer pour juin, comme certains Etats l’ont demandé, a répondu le commissaire. La mention de l’origine de la viande dans les plats préparés est une question complexe.» L’étude a été commanditée au début de 2012, et la date de sa publication était inconnue il y a quinze jours.

Exercice compliqué

La question d’étiquetage des plats industriels surgelés s’est posée avec force après la découverte, dès janvier, de l’utilisation frauduleuse de la viande chevaline à la place du bœuf, d’abord en Irlande, puis dans une dizaine de pays. Plusieurs géants de l’agroalimentaire, des distributeurs aussi, ont dû retirer des rayons des dizaines de tonnes de lasagnes, de pizzas, de sauce bolognaise, de moussakas ou de chili con carne. Cette semaine, les laboratoires ont incriminé les boulettes contenant de la viande de cheval vendues dans les restaurants d’Ikea.

Il y a une quinzaine de jours, la Commission s’était contentée d’affirmer que le scandale, désormais connu sous le nom de «Lasagnegate», était l’affaire de la justice. Elle avait aussi expliqué que l’étiquetage complet des plats surgelés était un exercice compliqué. Les industriels changent de fournisseurs et de sites de production fréquemment, dépendant des fluctuations des prix des matières premières, du taux d’occupation des usines et de la destination des produits finis. Souvent, la chaîne de production implique plusieurs pays pour le même produit. En conséquence, les industriels seraient contraints de changer constamment d’étiquettes.

Réaction des industriels

Les plats industriels prêts à l’emploi connaissent un succès grandissant en Europe, y compris en Suisse. L’offre des grandes surfaces s’étoffe mois après mois, avec des nouvelles propositions de recettes de plus en plus diverses. Même en France, pays de tradition gastronomique et de plats mijotés, sept Français sur dix en consomment régulièrement. Les plats cuisinés sont utilisés non seulement dans les foyers, mais aussi dans des restaurants et des cantines qui en servent à leurs clients.

Alors qu’ils étaient farouchement opposés à une étiquette mentionnant aussi l’origine des ingrédients, les industriels de la filière bovine semblent opérer un virage, à la suite de la pression politique. En France, trois jours après l’appel de François Hollande, les fabricants (Findus, Fleury Michon) comme les distributeurs (Piccard, Carrefour, Intermarché) ont annoncé leur volonté de n’utiliser que de la viande française, ce qui réglerait la question d’étiquetage.