«Une course de voitures de sport sur une autoroute», nouveau hobby des gosses de riches chinois? s’interroge Courrier international. On savait ces jeunes-là quelquefois intrépides, mais à ce point… Au mois de juin dernier, huit d’entre eux avaient notamment été interpellés alors qu’ils circulaient à des vitesses très excessives au volant de Ferrari près de Hangzhou, capitale de la province orientale du Zhejiang. Ils font partie d’une longue série.

«Les permis de conduire de cinq de ces apprentis pilotes» avaient été suspendus, rapportait alors le blog China Real Time Report du Wall Street Journal: l’un roulait à 231 km/h, là où la limite de vitesse était fixée à 100 km/h. D’ailleurs, le fils de Bo Xilai, le patron du PCC de Chongqing limogé par le régime, conduisait lui aussi une Ferrari rouge.

Du coup, «la marque est censurée sur Internet», selon le correspondant de RTS Info à Pékin, qui relayait alors le Global Times chinois: «Ferrari («Falali» en mandarin) a fait une entrée remarquée dans le corpus des mots et expressions «harmonisés», écrivait alors Le Monde, c’est-à-dire soumis à la censure du régime communiste. La marque italienne de voitures de sport, tant prisée par les milliardaires de la deuxième économie mondiale, a rejoint des termes politiquement sensibles comme «événement de Tiananmen» ou «Falungong».»

Avec des bolides au prix de 720 000 francs – alors qu’un haut dirigeant chinois gagne environ 50 fois moins par année, précise le Daily Telegraph britannique – tout cela ne serait que bêtises si Ling Jihua, «considéré comme l’un des plus puissants dirigeants de l’ombre» et «proche allié du président Hu Jintao», rapporte Le Figaro, ne payait pas aujourd’hui «les frasques de sa progéniture». Un scandale qui a été révélé lundi.

Communiqué officiel, relayé par Radio Chine internationale: «Le Comité central du Parti communiste chinois (PCC) vient de nommer Ling Jihua chef du Département du travail du Front uni du Comité central du PCC, en remplacement de Du Qinglin. M. Ling n’occupera donc plus le poste de chef de la Direction générale du Comité central du PCC, qui sera repris par Li Zhanshu, nommé à cette fonction.» En chinois officiel, on appelle cela une «promotion», si l’on en croit Le Quotidien du peuple.

Un play-boy au volant

Alors, quelles sont-elles, ces fameuses frasques? Elles semblent graves, en tout cas. Car ce grand baron du Parti aurait été «placardisé» suite à un événement que les autorités se sont semble-t-il également employées à censurer. Il s’agit d’un crash automobile. «En mars dernier, une Ferrari 458 Spider noire était pulvérisée dans un accident sur un des périphériques de Pékin. Le conducteur, un jeune homme d’une vingtaine d’années, à demi nu semble-t-il, est tué sur le coup.» Un doute subsiste sur son éventuel taux d’alcoolémie.

«Les deux passagères – passablement dénudées elles aussi – sont grièvement blessées. Etrangement, pour un presque banal accident de la route, l’identité des victimes reste secrète.» La photo de ce qui reste du véhicule, publiée par le Brisbane Times dans la foulée des Beijing Evening News et aussitôt répandue sur tout le Net, montre toutefois que l’accident ne l’est pas, «banal». Il s’agit plutôt d’une «tragédie sordide» qui a brisé la vie d’un play-boy inconscient.

Le Web s’était emparé depuis le printemps du sujet. Il a assez rapidement découvert qu’«avant que Ling Jihua ne soit lâché, il semble que tout ait été fait pour étouffer l’affaire et le protéger». L’histoire est en effet singulièrement «embarrassante pour le président Hu Jintao, qui a toujours été soucieux d’offrir une image propre et intègre. Il semble qu’il perde dans l’histoire un de ses alliés, alors que selon la tradition, il s’efforce de placer des hommes à lui à des postes clés avant de passer la main, pour assurer la pérennité de son influence et celle de son clan.»

Cet imbroglio, fait de luttes de pouvoir, de conflits d’intérêts et d’inimitiés crasses, le New York ­Times tente de le démêler en précisant qu’il s’agit d’un énorme scandale, entaché de gros «mensonges», selon 20 Minuten. D’autant que l’affaire s’est produite «trois jours seulement après le retentissant limogeage de Bo Xilai», précise Le Figaro. On raconte alors «qu’il s’agit de rejetons de la nomenklatura rouge, se grisant d’ébats à grande vitesse dans un bolide de luxe. Et l’on croit savoir que le mort est le fils illégitime de l’un des «9» du comité permanent.»

Bref, depuis que la «vraie vérité» est sortie, elle «affaiblit» le président Hu, selon le Financial Times Deutschland. Celui-ci est à la veille d’élections au PCC qui devraient ouvrir la voie à une nouvelle présidence chinoise en 2013. Même le South China Morning Post dit que cela devrait influencer les discussions de coulisses lors du 18e Congrès du Parti, qui doit se tenir en octobre.

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