Le président américain Joe Biden a reçu vendredi son homologue afghan Ashraf Ghani pour évoquer l’avenir de l’Afghanistan au moment où le retrait en cours des troupes américaines ouvre une période d’immense incertitude.

Objectif affiché de la Maison Blanche: travailler étroitement avec le gouvernement de Kaboul pour s’assurer que l’Afghanistan «ne redevienne jamais un refuge pour des groupes terroristes qui représentent une menace pour le territoire américain».

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Mais les questions sont nombreuses et vertigineuses: les talibans s’empareront-ils de Kaboul après le départ des derniers soldats occidentaux? Comment la sécurité des diplomates occidentaux – et de l’aéroport de la capitale – sera-t-elle assurée? Que deviendront les milliers d’Afghans ayant travaillé auprès des forces américaines comme interprètes?

Depuis Paris, le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a reconnu que les offensives des insurgés contre les forces de sécurité afghanes se multipliaient de manière inquiétante. «Mais le statu quo n’aurait pas aidé, le statu quo n’était pas une option», a-t-il martelé, défendant la décision controversée du président démocrate.

Les deux dirigeants se sont retrouvés dans l’après-midi dans le Bureau ovale pour évoquer ces dossiers épineux. Fait notable: aucune conférence de presse n’était prévue à l’issue de la rencontre.

«Soutenir le peuple afghan»

Joe Biden a décidé en avril de retirer les 2 500 militaires américains encore présents en Afghanistan. Il a fixé comme date butoir le 11 septembre, date du 20e anniversaire des attentats ayant conduit Washington à renverser le régime des talibans qui abritaient les jihadistes d’Al-Qaïda.

Washington martèle sa volonté de continuer à «soutenir le peuple afghan». La Maison Blanche a annoncé l’envoi de trois millions de doses de vaccin Johnson & Johnson pour aider le pays à faire face à la pandémie de Covid-19. Mais nombre d’élus et d’experts redoutent que les insurgés ne reprennent le contrôle du pays et imposent un régime fondamentaliste proche de celui qu’ils avaient mis en place entre 1996 et 2001.

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De surcroît, Ashraf Ghani apparaît de plus en plus isolé et impuissant. «Ghani n’a pas beaucoup de légitimité dans son pays» et a plus que jamais besoin de «reconnaissance internationale», résume Andrew Watkins, de l’International Crisis Group.

Lors d’une rencontre au Pentagone avec le ministre de la Défense, Lloyd Austin, le président afghan a balayé d’un revers de manche l’hypothèse d’une «prise de pouvoir par les talibans en six mois», soulignant que ces scénarios s’étaient «tous révélés faux».

S’il espère toujours convaincre les talibans d’accepter un rôle dans un gouvernement intérimaire d’union nationale, les insurgés, encouragés par leurs succès militaires, semblent peu enclins à négocier.

«Le ministère de la Défense est profondément investi dans la sécurité et la stabilité de l’Afghanistan et la recherche d’un accord négocié pour mettre fin à la guerre», a de son côté déclaré le chef du Pentagone. Le retrait américain a été jusqu’ici mené tambour battant, alimentant les spéculations sur son achèvement dès juillet, bien avant la date butoir du 11 septembre.

Crainte de représailles

Le sort des quelque 18 000 Afghans ayant travaillé auprès des forces américaines, qui redoutent des représailles si les talibans reviennent au pouvoir à Kaboul, fait l’objet d’une attention particulière à Washington.

«Nous n’abandonnerons pas ceux qui nous ont aidés», a assuré jeudi Joe Biden. Ces Afghans espèrent décrocher un visa d’immigration vers les Etats-Unis, mais les procédures sont lourdes et longues. La Maison Blanche a indiqué qu’elle envisageait d’évacuer certains d’entre eux avant le retrait complet des troupes afin qu’ils soient en sécurité pendant la période d’examen de leur demande de visa. Mais nombre de détails restent à régler: ni le nombre de personnes concernées ni leur destination n’ont à ce stade été précisés.

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L’île de Guam, dans le Pacifique, fait partie des hypothèses évoquées ces dernières semaines par des élus et des organisations de défense des droits humains. Ashraf Ghani et Abdullah Abdullah, négociateur en chef du gouvernement dans les pourparlers avec les talibans, sont arrivés jeudi à Washington et ont rencontré des membres du Congrès.

Le chef des républicains au Sénat Mitch McConnell a déploré, après cette rencontre, la décision de Joe Biden, espérant que le retrait des troupes américaines soit retardé. «Les talibans, enhardis par notre retraite, vont revenir sur des années de progrès, en particulier pour les droits des femmes afghanes», a-t-il déploré, redoutant les conséquences «tragiques» de la possible chute de Kaboul peu après le départ des derniers soldats américains.