Les colombes israéliennes font grise mine. Au terme d'une longue et éprouvante guerre interne, le Parti travailliste a fini par élire mercredi soir son nouveau chef. Il s'agit de Benjamin Ben Eliezer, un ancien général qui est actuellement le ministre de la Défense d'Ariel Sharon. A son propos, le premier ministre israélien dit parfois en riant qu'il doit «le retenir» dans la lutte qu'il mène contre les Palestiniens.

Déjà laminés sous la conduite d'Ehud Barak et par l'irruption de l'Intifada, les travaillistes ont passé les quatre derniers mois en frictions et en empoignades pour déterminer qui serait leur chef. Une élection, remportée par Avraham Burg, avait été contestée par Ben Eliezer début septembre pour cause de fraude. Annulé, le scrutin a fini par se tenir à nouveau dans une cinquantaine de bureaux de vote. Boycottée par les électeurs druzes, boudée par les Arabes (10% de participation dans ce secteur de la population), ignorée par les autres, l'élection s'est déroulée dans l'indifférence générale, terminant de plonger la gauche israélienne dans une profonde crise identitaire.

«A partir de maintenant, nous sommes un seul parti, sans factions et sans haines. Ensemble, nous ramènerons le Parti travailliste au pouvoir», a dit un Benjamin Ben Eliezer très ému, à peine faite publique l'annonce des résultats. L'affaire ne sera cependant pas si simple, tant ce parti, qui se confondait autrefois avec l'Etat d'Israël tout entier, est aujourd'hui réduit en miettes.

Le premier à s'opposer de front au nouveau chef a été Yossi Beilin, l'un des artisans d'Oslo et celui qui incarne sans doute le mieux les anciennes valeurs et aspirations du parti. Beilin expliquait hier que, à ses yeux, Ben Eliezer était bien devenu le chef «légal» du parti, mais non son chef «légitime». «Cet homme est en train de combattre contre la gauche et essaie de dépasser Sharon par la droite», estimait-il sur les ondes de la radio de l'armée, en menaçant de ne pas rester longtemps dans un parti qui serait «le clone» de celui que dirige Sharon.

Mais s'il était hier le plus audible, ce cri du cœur de la gauche n'était pas le plus dangereux pour le nouveau représentant des travaillistes. Dans sa course à la présidence du parti, Ben Eliezer avait en effet accepté que soient organisées, dans un an, de nouvelles élections internes afin de déterminer, cette fois, qui serait le candidat travailliste au poste de premier ministre. D'ici là, l'homme devra s'accrocher pour survivre politiquement, face aux appétits de ses rivaux.

Dans cette optique, un dilemme va surgir bientôt qui déterminera l'avenir politique du pays. Doit-il, oui ou non, conserver son parti dans le gouvernement d'union nationale dirigé par les faucons de la droite? Dans l'ombre de Sharon, Eliezer a peu de chances de devenir un candidat crédible pour la gauche. Mais, hors de cette ombre, il risque de faire sombrer définitivement son parti. Les sondages actuels donnent environ 18 sièges pour la gauche contre 32 pour le Likoud (droite).

Cet homme d'origine irakienne, peu charismatique et que l'on croyait dépassé (comme on croyait dépassé Ariel Sharon avant son retour triomphal) a pourtant quelques raisons d'espérer. D'abord par le passé, tous les chefs du Parti travailliste ont fini par devenir, tôt ou tard, premier ministre. Mais, surtout, la situation actuelle de son parti est à ce point catastrophique qu'elle dissuadera, peut-être, tout autre candidat de se présenter.

Reste pour lui, cependant, un dernier obstacle de taille: Shimon Peres, son principal collègue travailliste au sein du gouvernement qui risque de prendre ombrage si quelqu'un tente de lui arracher son rôle de protagoniste. «Peres n'est pas quelqu'un du genre à vivre en paix avec le président du parti, aussi longtemps que ce n'est pas lui», ironisait hier un commentateur du journal Haaretz.