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L'incendie d'un bâtiment du gouvernement à Bassora, jeudi. /AP Photo /Nabil al-Jurani
© AP / Nabil al-Jurani

Irak

En pleine crise sociale irakienne, des obus de mortier s’abattent sur Bagdad

Cette attaque survient alors qu’un couvre-feu était imposé à Bassora, province pétrolière du sud, après la mort d’un nouveau manifestant et l’incendie de bâtiments publics et de sièges de partis

Trois obus au mortier se sont abattus tôt vendredi sur la Zone verte, le secteur ultra-sécurisé où siègent les autorités à Bagdad. Cet incident rare, dont les auteurs ne sont pas identifiés, n’a fait «ni victime ni dégât», selon le commandement des opérations dans la capitale irakienne.

Cette attaque survient sur fond de contestation sociale dans la province de Bassora, la plus riche en hydrocarbures du pays et pourtant l’une des moins bien dotées en infrastructures, qui s’est soldée par de la mort de huit personnes depuis mardi. Ce mouvement, dénonçant l’incurie de la classe politique, a débuté le 8 juillet pour réclamer eau, électricité et emplois, en pénurie chronique. Il vient d’être relancé par une crise sanitaire qui a mené plus de 30 000 personnes à l’hôpital pour des intoxications à l’eau polluée à Bassora. Les politiciens, accaparés par les difficiles tractations pour former le futur gouvernement, se rejettent les responsabilités de la crise.

Des bâtiments publics et sièges de partis incendiés

Dans la nuit à Bassora, d’imposants nuages d’épaisse fumée noire et de hautes flammes s’élevaient du siège du gouvernorat, de la résidence du gouverneur provincial, ainsi que des sièges de partis politiques et groupes armés, tandis que des milliers de manifestants étaient de nouveau dans la rue, ont constaté des correspondants de l’AFP.

Dans le chaos créé par ces incendies, «une personne a été tuée et 35 blessées, donc 24 civils et 11 membres des forces de l’ordre», selon un communiqué du ministère de la Santé, qui ne fournit pas d’autre détail.

Les protestataires ont convergé, avec des membres des forces de l’ordre, devant le siège du gouvernorat afin d’y déposer des bougies pour les sept manifestants tués mardi et mercredi. Mais des flammes et de la fumée ont de nouveau été visibles dans le siège du gouvernorat alors que les pompiers semblaient être venus à bout dans l’après-midi de l’incendie allumé la veille.

Le siège du gouvernorat est le symbole pour les protestataires de la corruption et de l’incurie de l’Etat. Près du gouvernorat, des locaux d’un immeuble hébergeant l’antenne locale de la télévision publique, al-Iraqiya, ont également été ravagés par les flammes, selon des témoins.

Le siège de plusieurs partis et groupes armés chiites, puissants dans la province, a aussi été incendié, dont ceux de l’organisation Badr, groupe armé soutenu par l’Iran. Son chef, Hadi al-Ameri, a emmené la liste arrivée seconde aux législatives de mai, et du parti Daawa du Premier ministre Haider al-Abadi. Un couvre-feu a été imposé dans la nuit.

Des solutions réclamées au gouvernement

Début juillet, lorsque avait éclaté à Bassora le mouvement anticorruption, les manifestants s’en étaient déjà pris aux partis et groupes armés. Ce mouvement, qui avait gagné l’ensemble du sud du pays et Bagdad, s’était ensuite essoufflé, alors que Haider al-Abadi annonçait le déblocage d’un plan d’urgence de plusieurs milliards de dollars.

Le mouvement est ensuite reparti vendredi dernier avant de dégénérer ces derniers jours en violences meurtrières, les défenseurs des droits de l’Homme mettant en cause les forces de l’ordre. Les autorités, elles, pointent du doigt des «vandales» infiltrés parmi les manifestants et assurent avoir ordonné aux troupes de ne pas tirer. Au total, 23 personnes ont été tuées depuis début juillet à travers le pays lors des troubles.

Le leader chiite Moqtada Sadr, vainqueur des législatives, a appelé le Parlement à convoquer le gouvernement pour qu’il expose des «solutions radicales et immédiates». L’ancien chef de milice, devenu héraut des manifestations anticorruption, a donné jusqu’à dimanche aux ministres et aux députés pour se réunir alors que, paralysés par les divisions, ils ont reporté l’élection du président du Parlement. S’ils ne le font pas, «qu’ils quittent tous leur poste», a-t-il lancé à l’adresse des ministres.

Lire aussi: En Irak, alliance surprise entre Moqtada Sadr et une liste proche de l’Iran

Peu après, Haider al-Abadi, qui tente d’obtenir un second mandat en formant avec Moqtada Sadr une coalition gouvernementale, s’est dit prêt à se rendre au Parlement. Moqtada Sadr, dont les partisans avaient mené un long sit-in dans la Zone verte en 2016 pour dénoncer la corruption et réclamer des réformes, a appelé à «des manifestations de colère pacifiques à Bassora».

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