Etats-Unis

En pleine tension avec la Corée du Nord, Trump déploie sa plus puissante bombe non nucléaire

La bombe larguée en Afghanistan a détruit des galeries souterraines utilisées par des djihahistes de l'Etat islamique. Donald Trump évoque sans précision un message à la Corée du Nord. L'expert militaire Alexandre Vautravers relativise

Une nouvelle démonstration de force de la part de Donald Trump après les frappes américaines en Syrie qui ont suivi l'attaque chimique imputée au régime de Damas? Le largage, jeudi, en Afghanistan, de la «mère de toutes les bombes» est au cœur des interrogations. Pourquoi avoir utilisé une bombe si puissante qui n'avait encore jamais été déployée auparavant? Une des pistes évoquées est que l'opération serait un avertissement pour la Corée du Nord, qui s'apprêterait à effectuer un nouveau tir de missile balistique ou test nucléaire.

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L'expert militaire Alexandre Vautravers trouve cette thèse tirée par les cheveux: «La Corée du Nord est une question très éloignée. Il n'y a pas de lien ou de causalité à mon sens. La démonstration de force en cours actuellement dans le Pacifique est plus que suffisante.»

Pour lui, le recours à la GBU-43 est la marque de l'arrivée aux affaires des généraux Mattis et MacMaster, et avant tout une réaction forte destinée aux adversaires de l'ISAF placée sous l'égide de l'OTAN, après la mort d'un soldat américain le week-end dernier dans l'est de l'Afghanistan. Jake Sullivan, ancien conseiller de Barack Obama, a défendu la même thèse sur CNN: «J'ai confiance en nos forces militaires. Nous ne larguons pas des bombes pour faire passer des messages, mais pour combattre de manière ciblée des ennemis dans un lieu précis.»

36 combattants tués

Les Américains ont recouru à la bombe GBU-43/B MOAB, composée de près de onze tonnes de TNT, pour viser une série de grottes dans une province de l'est de l'Afghanistan et toucher l'Etat islamique. C'est la première fois que cette puissante bombe non-nucléaire a été utilisée. Guidée par GPS, elle a été larguée par un avion de transport C-130. Son dernier test, qui remonte à 2003, avait provoqué un champignon de fumée, visible sur 32 kilomètres, selon l'armée américaine. MOAB est le sigle de Massive Ordnance Air Blast Bomb, qui signifie «bombe à effet de souffle massif». Mais l'acronyme a également été détourné en «Mother of All Bombs», la mère de toutes les bombes, selon l'expression en cours au Pentagone.

Sean Spicer, au cœur d'une polémique pour avoir comparé Bachar al-Assad à Adolf Hitler, a justifié l'opération lors d'un point presse. «Nous devons supprimer la liberté de mouvement aux djihadistes, et c'est ce que nous avons fait», a-t-il souligné. 

La bombe a tué 36 combattants, a affirmé vendredi le gouvernement afghan.

Les «faucheuses de marguerites» du Vietnam

«Pendant la guerre du Vietnam, ce type de bombe servait à créer des zones d'atterrissage pour les hélicoptères, en soufflant les arbres et la végétation», explique Alexandre Vautravers. La GBU-43/B MOAB est en fait un dérivé de Daisy Cutter (BLU-82/B), une bombe d'environ 7 tonnes utilisant un mélange nitraté, surnommée «faucheuse de marguerites» pour ces raisons-là. «Ensuite, leur but était de percer des fortifications souterraines et des galeries, pour neutraliser des centres de commandement ou des bases terroristes. On peut trouver les ancêtres de ces armes chez les Britanniques qui ont développé des bombes très lourdes afin d'anéantir des usines allemandes en 1943-1945», poursuit l'expert. 

Pour le spécialiste, l'emploi d'une telle arme se justifie aujourd'hui d'un point de vue technique: les dégâts en surface sont moindres, l'arme étant essentiellement conçue pour disloquer des galeries jusqu'à une vingtaine de mètre de profondeur.

Le «problème» de la Corée du Nord

Lors d'une réunion avec des militaires où il s'est félicité de la «réussite» de la mission en Afghanistan, Donald Trump a été interrogé par une journaliste sur un possible lien avec le dossier nord-coréen. «Je ne sais pas si un message est passé à la Corée du Nord, mais que ce soit le cas ou pas, cela ne fait pas de différence: la Corée du Nord est un problème, que nous allons traiter», a-t-il souligné.

Un avertissement qui intervient alors que la Corée du Nord fête samedi le 105e anniversaire de la naissance de Kim Il-Sung, un jour qui pourrait être marqué par un nouveau test nucléaire de Pyongyang. Donald Trump a déjà envoyé un porte-avion, trois navires lance-missiles et des sous-marins au large de la Corée du Nord.

A ce propos: Donald Trump envoie un porte-avions vers la péninsule coréenne

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