En juillet, Mouammar Kadhafi avait déclaré à L’Aquila, lors du G8, vouloir «démanteler la Suisse». Si son vœu ne s’est pas exaucé, il a en tout cas réussi à semer la zizanie au sein du Conseil fédéral, à diviser le monde politique et à mettre le président de la Confédération dans une situation embarrassante. Hans-Rudolf Merz est désormais pour beaucoup «politiquement mort». Mais rares étaient ceux, hormis la Jeunesse socialiste, qui osaient mardi ouvertement exiger sa démission. La Suisse ne veut pas subir une humiliation supplémentaire susceptible de réjouir les Libyens tant que les deux hommes d’affaires retenus depuis un an à Tripoli ne seront pas de retour.

Le président de la Confédération présentera aujourd’hui, en collaboration avec les Affaires étrangères (DFAE), une proposition au Conseil fédéral concernant la suite de la procédure pour régler l’affaire. En attendant, Pascal Couchepin a profité de sa traditionnelle sortie à Zimmer­wald pour voler à son secours (lire ci-dessous). Le PLR, lui, hausse le ton: il exige du gouvernement qu’il suspende l’accord signé le 20 août, «car la Libye ne le respecte pas».

Jeu simpliste dénoncé

L’étau se resserre autour de Hans-Rudolf Merz. Il avait promis, en se basant sur une déclaration écrite du premier ministre libyen, que les deux Suisses reviendraient «avant la fin août». Sans quoi il «perdrait la face». Voilà qui est fait. A la TSR, Khaled Kaim, le vice-ministre libyen des Affaires étrangères, laissait entendre lundi soir qu’il ne fallait rien attendre non plus du 1er septembre, jour férié en Libye.

Officiellement, le sort des deux hommes d’affaires dépend encore d’un feu vert des autorités judiciaires libyennes. Mais mardi, des «sources proches du dossier, côté suisse» affirmaient à la RSR que la Libye exigerait au préalable le versement de près de 430 000 francs pour la libération de chacun des deux Suisses accusés sur sol libyen d’avoir violé des dispositions sur l’immigration. A Berne, le DFAE, qui a suspendu ses négociations en juin pour laisser place à une médiation au niveau présidentiel, refuse toujours de prendre position dans ce dossier. Il renvoie au Département des finances. Qui, lui, reste avare de commentaires.

«La Libye tient au principe de réciprocité», commente Hasni Abidi, le directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen. Il a également eu vent de ces exigences qui remonteraient à plus d’une semaine. «Tripoli a dû verser une caution pour la libération d’Hannibal Kadhafi et de sa femme (300 000 francs pour elle, 200 000 pour lui, ndlr). La Libye veut donc contraindre Berne à faire de même avant de laisser partir les deux Suisses.» Reste que Berne avait déjà versé une caution pour sortir les deux Suisses des geôles libyennes.

L’accord signé le 20 août entre Berne et Tripoli n’évoque pas le sort des otages, la Libye s’étant toujours refusée à les considérer comme tels. Mais une clause précise que les parties suisse et libyenne devaient chacune choisir un juge étranger pour siéger au tribunal arbitral international «dans les dix jours». La Suisse l’a fait. La Libye chercherait, elle, encore la perle rare. Ce qui signifierait que Tripoli n’a pas respecté un des points de l’accord, même si certains jouent avec les notions de «jours ouvrables» et «jours fériés».

Pour le PLR, c’en est trop. Le parti exige du Conseil fédéral la suspension de la mise en œuvre de l’accord. «La Libye ne fait rien d’autre avec la Suisse que ce qu’elle a déjà démontré avec la France, les Etats-Unis, l’Italie et la Grande-Bretagne: ne pas se tenir à ce qui a été convenu», dénonce-t-il dans un communiqué. Pour le PLR, la polémique régnant en Suisse a «renforcé la tendance libyenne à vouloir retarder la libération des hommes d’affaires». «Il s’agit à présent de garder le calme afin que le jeu simpliste auquel s’adonne la Libye tombe dans le vide», conclut-il. Cette option risque bien d’être abordée ce matin au Conseil fédéral.