Le nombre de disparus dans les conflits armés ne cesse d'augmenter. Face à ce simple constat qui laisse les familles dans une dramatique attente qui peut se prolonger des années, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) vient de lancer une campagne de sensibilisation. Objectif: faire prendre conscience aux gouvernements d'empoigner la question des disparus à bras-le-corps. Danielle Coquoz, chef de l'agence de recherche et de protection du CICR, constate à la fois «le manque de volonté politique des gouvernements de traiter ce problème, le manque de connaissance sur le sujet et le manque de moyens qui y est attribué». «Le constat est vraiment très sombre, résume-t-elle. Le conflit du Rwanda a laissé plus de 100 000 disparus, celui de Bosnie 17 000, le Sri Lanka 8000, le Pérou 6000…»

Pour mobiliser les énergies, le CICR organise une conférence internationale sur le thème des disparus, qui se tiendra entre le 19 et le 21 février à Genève avec la participation de 300 experts gouvernementaux et non gouvernementaux, originaires de plusieurs dizaines de pays. L'ambassadeur Nicolas Michel, chef de la direction du droit international au DFAE, présidera le comité de rédaction de la conférence.

Le but de la réunion est de mettre au point des standards internationaux pour l'exhumation et l'identification des cadavres, la gestion des dépouilles, le soutien aux familles et la prévention des disparitions. La conférence devrait se conclure par une déclaration d'intention. «Un nouveau traité n'est pas nécessaire. Les normes juridiques existantes sont suffisantes. L'important, c'est qu'elles soient respectées», explique la responsable de l'agence de recherche du CICR.

Pour louable qu'il soit, l'objectif de l'organisation genevoise touche des domaines très sensibles: la question est «très politisée, explique Danielle Coquoz, car, par exemple, les gouvernements ne veulent pas admettre qu'ils ont envoyé des dizaines de milliers de jeunes hommes à la mort. Ils préfèrent dire qu'ils ont disparu, empêchant ainsi les familles de faire leur deuil.» Nouvelle difficulté: le développement de la lutte contre l'impunité. Celle-ci peut faire craindre à une autorité nationale l'ouverture de poursuites pénales lorsqu'il s'avère, lors d'une exhumation, qu'un crime a été commis. Du coup, cette «perspective judiciaire» peut inciter un gouvernement à dissimuler les corps des victimes, plutôt que de contribuer à apaiser la douleur des familles.

Conscient de marcher sur des œufs, le CICR «n'entend pas faire le hit-parade des gouvernements les plus vilains». D'autres le font. Il s'agit de trouver des solutions concrètes pour améliorer l'efficacité des recherches, soutenir les familles et éviter de nouvelles disparitions. Différents types d'experts (médecins légistes, juristes…) participeront à la conférence de février ainsi que des représentants d'associations de familles de disparus. En revanche, les mouvements armés, qui sont parmi les premiers auteurs de disparitions, n'ont pas été conviés à Genève.