Il s'agit de l'un des pires massacres connus par le Mali. Plus de 130 civils ont été tués dans le centre du pays lors d'attaques attribuées à des djihadistes affiliés à Al-Qaïda. Des élus locaux ont rapporté des scènes de massacres systématiques perpétrés par des hommes en armes à Diallassagou et dans deux localités environnantes du cercle de Bankass dans le centre du pays, l'un des principaux foyers de la violence qui ensanglante le Sahel depuis des années.

«On a perdu des proches, des grands frères, des tontons, du matériel (a été) détruit, des animaux emportés, des habits, tout», a dit un élu local s'exprimant à Bamako sous le couvert de l'anonymat pour des raisons de sécurité. «Il ne reste rien de Diallassagou. Diallassagou, la commune la plus riche du cercle de Bankass...», a-t-il gémi.

L'élu qui déplorait qu'il ne restait rien de Diallassagou s'est plaint que les alertes données par les populations aient été entendues trop tard. «On a tout dit mais les dispositions n'ont pas été prises. Les autorités étaient prévenues à 15h00, 16h00, 17h00, mais ils sont arrivés le lendemain matin à 10h00», a-t-il dit sans préciser le jour.

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Trois jours de deuil national

Le gouvernement a fait état de 132 morts qu'il a imputés à la Katiba Macina du prédicateur peul Amadou Kouffa, affiliée à Al-Qaïda. Différents interlocuteurs de l'AFP ont indiqué qu'on continuait à compter les morts lundi. Nouhoum Togo, président d'un parti ayant son assise à Bankass, principale localité du secteur, parle d'un nombre de victimes encore plus élevé.

Le chef de la junte au pouvoir depuis août 2020, le colonel Assimi Goïta, a décrété trois jours de deuil national.

Sorti lundi après-midi du silence alors que les informations alarmantes proliféraient depuis le week-end sur les réseaux sociaux, le gouvernement date les événements de la nuit de samedi à dimanche. D'autres les font remonter à vendredi.

Nouhoum Togo a indiqué à l'AFP que la zone avait été le théâtre il y a deux semaines d'opérations de l'armée qui avaient donné lieu à des accrochages avec les djihadistes. Ces derniers seraient revenus à plusieurs dizaines à motos, vendredi selon lui, pour se venger contre les populations, a-t-il dit. «Ils sont arrivés et ont dit aux gens: 'vous n'êtes pas des musulmans' en langue peul. Alors ils ont emmené les hommes, une centaine de personnes sont parties avec eux. A deux kilomètres de là, ils ont abattu les gens systématiquement», a-t-il affirmé. «Aujourd'hui encore, on a continué à ramasser les corps dans les communes environnantes de Diallassagou.»

Les civils, principales victimes des représailles

Depuis l'apparition en 2015 de la Katiba Macina dans le centre du Mali, la région est livrée aux exactions djihadistes, aux agissements des milices proclamées d'autodéfense et aux représailles intercommunautaires. Une grande partie de la zone échappe au contrôle de l'Etat central. Le 23 mars 2019, plus de 160 civils peuls avaient été massacrés dans le village d'Ogossagou. Mais c'est tout le Mali qui est plongé dans une profonde crise sécuritaire, politique et humanitaire depuis le déclenchement d'insurrections indépendantiste et djihadiste en 2012 dans le nord.

Les militaires qui ont pris le pouvoir par la force en août 2020 après des mois de contestation populaire dirigée notamment contre l'incapacité du gouvernement civil à stopper la spirale mortifère ont fait de la restauration de la sécurité leur priorité. Ils se sont détournés des anciens alliés militaires du Mali, à commencer par les Français, et tournés vers les Russes. Ils ont lancé en décembre une grande opération dans le centre.

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres écrivait dans un récent rapport remis au Conseil de sécurité qu'avec l'intensification des opérations des soldats maliens soutenus par des éléments étrangers «les civils ont été exposés à de violentes attaques et à des violations croissantes des droits de l'homme, qui ont fait le plus grand nombre de victimes civiles enregistré à ce jour au Mali».

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Les civils sont soumis aux représailles de djihadistes qui les accusent de pactiser avec l'ennemi. Dans certaines zones, de plus en plus étendues dans le centre, passées sous l'emprise des djihadistes, ces derniers appliquent avec vigueur leur vision sociale. Les civils se retrouvent aussi souvent pris entre deux feux dans les affrontements entre groupes armés rivaux, y compris entre ceux affiliés à Al-Qaïda et à l'organisation Etat islamique, qui sévit également au Mali et au Sahel. Le nombre de civils tués dans des attaques attribuées à des groupes extrémistes a quasiment doublé depuis 2020 au Sahel central, affirme une coalition d'ONG ouest-africaines dans un rapport publié jeudi.