L'Europe occupe une position centrale dans la stratégie d'Al-Qaida avec plus de 200 activistes toujours en liberté qui agissent de manière transnationale, estiment des experts. «La liberté de circulation et la proximité avec le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord font de l'Europe un carrefour stratégique pour Al-Qaida», a affirmé à l'AFP Magnus Ranstorp, directeur du Centre d'études sur le terrorisme et la violence politique à l'Université Saint Andrews en Ecosse. Selon ce spécialiste, deux des six «commandements généraux» du mouvement islamiste sont en charge de l'Europe occidentale. Ranstorp évalue à 250 le nombre de militants appartenant «à un degré ou à un autre» à la mouvance d'Al-Qaida encore en liberté en Europe, dont 90% sont d'origine maghrébine. Depuis les attentats du 11 septembre, 170 personnes ont été inculpées dans les pays de l'Union européenne et parmi elles 153 sont incarcérées, selon le décompte de l'AFP. La France arrive en tête avec 56 inculpations – cinq militants islamistes présumés ont encore été mis en examen hier à Paris – devant l'Italie (35), la Belgique (19), la Grande-Bretagne et les Pays-Bas (16), l'Allemagne (15) et l'Espagne (13). Parmi les objectifs visés figuraient la cathédrale de Strasbourg, une base américaine en Belgique, l'ambassade des Etats-Unis à Paris, le métro londonien. En outre, les magistrats français sont également en charge de l'attentat de Djerba en Tunisie qui a fait 21 morts le 11 avril, et celui de Karachi (14 morts) le 8 mai.

En Europe, les structures sont très souples et les cellules agissent de manière transnationale. «Il y a eu un recyclage d'actions territoriales vers un terrorisme transnational», note Jean François Daguzan, maître de recherches à la Fondation pour la recherche stratégique à Paris. Ainsi, ces derniers jours, la police française a mis la main sur Redouane Daoud, un Algérien évadé en juin d'une prison néerlandaise (mis en examen hier), ainsi que sur Slimane Khalafaoui, un Franco-Algérien qui serait lié notamment à la préparation d'un attentat à Strasbourg fin 2000 et à une tentative d'attentat contre un métro londonien. Mardi, huit personnes, dont six Pakistanais, ont été placées en garde à vue dans le cadre de l'enquête sur le Britannique Richard Reid, accusé d'avoir tenté de faire sauter un avion lors d'un vol Paris-Miami le 22 décembre 2001.