Plus de 500 civils, dont de nombreux étudiants et des adolescents, ont été tués par les forces de sécurité depuis le coup d'Etat militaire du 1er février en Birmanie, d'après l'Association d'assistance aux prisonniers politiques.

«Nous avons confirmé 510 décès», a indiqué l'ONG, qui précise que le bilan «est probablement beaucoup plus élevé» alors que des centaines de personnes, arrêtées ces deux derniers mois, sont portées disparues.

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Le bilan a été particulièrement lourd samedi, «journée des forces armées birmanes», avec plus de 110 personnes tuées, dont sept mineurs. Malgré la répression meurtrière, les manifestants sont descendus à nouveau dans les rues lundi. Quatorze civils ont péri, notamment dans l'est de Rangoun la capitale économique, d'après l'AAPP.

Les factions rebelles menacent la junte

Des funérailles ont été organisées pour les victimes des derniers jours et des foules importantes ont entouré les cercueils, certains saluant à trois doigts en signe de résistance.

Face à ce bain de sang, plusieurs factions rebelles ont menacé mardi de prendre les armes contre la junte. Si les forces de sécurité «continuent à tuer des civils, nous collaborerons avec les manifestants et nous riposterons», ont-elles écrit dans un communiqué commun signé notamment par l'Armée d'Arakan (AA), un groupe armé fort de plusieurs milliers d'hommes et doté de moyens très importants.

«La situation risque d'évoluer vers une guerre civile totale», a commenté auprès de l'Agence France Presse (AFP) Debbie Stothard, de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH). «La junte ne veut rien céder et des contestataires, largement pacifiques jusqu'à présent, sont tentés d'appeler à l'aide des factions armées pour se protéger.»

Depuis l'indépendance de la Birmanie en 1948, une multitude de groupes ethniques est en conflit avec le gouvernement central pour obtenir plus d'autonomie, l'accès aux nombreuses richesses naturelles du pays ou une part du lucratif trafic de drogue. L'armée avait conclu ces dernières années un cessez-le-feu avec certains. Elle avait même retiré mi-mars l'AA de sa liste des organisations terroristes.

De puissants alliés

Face à ce bain de sang, Washington a annoncé la suspension immédiate de l'accord-cadre sur le commerce et les investissements conclu en 2013 avec la Birmanie, et ce jusqu'au rétablissement d'un gouvernement «démocratiquement élu».

La France a dénoncé «la violence aveugle et meurtrière» du régime et exigé la libération de «tous les prisonniers politiques» notamment Aung San Suu Kyi, toujours mise au secret. Londres a, pour sa part, demandé une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, qui se déroulera mercredi à huis clos.

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Mais les généraux birmans ont jusqu'à présent fait la source oreille aux protestations et aux sanctions occidentales. Ils ont pu aussi compter sur les divisions de la communauté internationale. La Chine et l'Inde ont refusé de condamner formellement le coup d'Etat. La Russie maintient ses liens étroits avec la junte: le vice-ministre de la Défense Alexander Fomin a participé samedi au défilé annuel des forces armées birmanes. Le Kremlin s'est certes inquiété du nombre «croissant» des morts, mais a déclaré que la Birmanie restait un «allié fiable et un partenaire stratégique» avec lequel il souhaite enforcer ses relations militaires.

Le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres a exhorté la communauté internationale à «plus d'unité» et «plus d'engagement» pour faire pression sur la junte.