71 disparus. C'est pour l'heure le lourd bilan du naufrage d'un bac sur le fleuve Tigre à Mossoul, la grande ville du nord de l'Irak ce jeudi. L'incident a provoqué un vif émoi dans la ville qui n'a repris les commémorations de fêtes comme Norouz et autres sorties familiales sur les rives du fleuve que depuis peu, après avoir passé trois années sous la férule des djihadistes du groupe Etat islamique (EI).

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Si les guerres à répétition et les attaques djihadistes ont fait des centaines de milliers de victimes ces dernières années en Irak, des accidents de ce type sont rares. Le dernier naufrage remonte à mars 2013, quand un bateau restaurant avait coulé à Bagdad, là aussi sur le Tigre, faisant cinq morts.

En fin d'après-midi, le bilan des morts s'élevait à 71 morts, selon le général Saad Maan, porte-parole du ministère de l'Intérieur. Parmi eux se trouvaient «19 enfants», a-t-il précisé. Un précédent bilan du ministère de la Santé faisait état d'au moins «33 femmes» parmi les morts. Jusqu'ici 55 personnes ont été secourues, a ajouté le général Maan.

Ces familles avaient embarqué pour traverser le fleuve en direction de parcs aménagés où les familles pique-niquent traditionnellement pour Norouz, le Nouvel an kurde décrété jour férié dans l'ensemble du pays.

«Catastrophe»

«C'est une catastrophe. Personne ne s'attendait à ça», a lancé un jeune homme tout juste sorti de l'eau après être parvenu à rejoindre la rive. «Il y avait énormément de monde sur le bateau, surtout des femmes et des enfants», a-t-il encore indiqué. L'incident est né de la conjonction de la surcharge du bateau et du haut niveau de l'eau, a expliqué un responsable des services de sécurité à Mossoul.

D'une part, ce bateau qui transportait des familles et des enfants se rendant dans un complexe touristique de Mossoul «a fait naufrage car il y avait trop de passagers à bord, plus d'une centaine», a-t-il dit. De l'autre, après d'importantes pluies ces derniers jours, les autorités avaient ouvert des écluses pour alléger la pression au niveau du grand barrage de Mossoul.

Elles avaient publié des mises en garde au public, prévenant que les rives du Tigre seraient plus dangereuses avec un niveau de l'eau plus élevé. Jeudi, sur des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, le courant semblait fort et le niveau de l'eau plus élevé qu'à l'habitude. Ces images montraient des dizaines de personnes flottant ou tentant de surnager autour d'un bateau en partie englouti sous les eaux.

Les opérations de recherche se sont poursuient sur des centaines de mètres en aval du lieu du naufrage. Sur la rive, des centaines de personnes étaient regroupées, interrompant leur journée en famille dans cette zone touristique très boisée de Mossoul, particulièrement fréquentée aux premiers beaux jours du printemps.

Le président exige un enquête

A Bagdad, le premier ministre Adel Abdel Mahdi a annoncé la mise en alerte de l'ensemble des services de santé et la mobilisation de toutes les équipes disponibles à Mossoul pour les recherches. Il a en outre réclamé «un rapport d'enquête sous 24 heures pour déterminer les responsabilités».

L'ancien chef de gouvernement Haider al-Abadi a appelé à décréter un deuil national alors que plusieurs dirigeants politiques dénonçaient l'absence de surveillance des équipements de loisirs vétustes. En Irak, où des manifestations dénoncent régulièrement la déliquescence et l'absence d'entretien des services publics, cette question est particulièrement sensible.