mobilisation

Plus de 700 écoliers descendent dans la rue à Hongkong

La manifestation organisée vendredi dans le cadre du mouvement #FridaysForFuture a attiré une majorité de jeunes Occidentaux. Ils ont défilé de façon ordonnée dans cette cité qui ne tolère guère les débordements

Une foule s’est formée autour de la jeune fille munie d’un mégaphone rouge. «Nous voulons du changement. Il n’y a pas de climat B», hurle-t-elle. Tout le monde reprend en chœur. La plupart des manifestants sont jeunes, certains à peine sortis de l’enfance. Quelques-uns sont venus avec leurs parents. Ils arborent des panneaux en carton sur lesquels ont été inscrits des slogans. «Vous détruisez mon avenir», dit l’un d’eux. «L’énergie de Hongkong provient du charbon», dénonce un autre.

«Comportez-vous comme des adultes pour que nos enfants n’aient pas à le faire», accuse encore un autre, tenu à bout de bras par l’une des seules adultes à avoir rejoint la troupe d’écoliers qui a envahi Chater Garden, un espace vert rempli de plantes tropicales au milieu des tours de verre de Hongkong. Ils sont venus manifester en ce vendredi gris et moite dans le cadre du mouvement #FridaysForFuture, lancé par la Suédoise de 16 ans Greta Thunberg. Ils font la grève de l’école, à l’instar de leurs pairs dans 1700 villes réparties à travers le monde.

«Notre présence peut forcer les dirigeants à agir»

«Je m’inquiète quand je vois la pollution dans l’air à Hongkong», explique Cassandra, 13 ans. «Les gens disent que parce que nous sommes des gamins, nous ne pouvons rien faire, mais notre présence ici peut forcer les dirigeants à agir», renchérit sa copine Annabelle, 14 ans.

A quelques pas de là, trois adolescentes sont engagées dans une discussion animée. «Il faudrait interdire les emballages et autres objets en plastique non réutilisable qui sont si souvent distribués à Hongkong et qui finissent dans la mer», estime Eugenia Chow, 18 ans. «Nous devons aussi accroître la part d’énergies renouvelables utilisées par notre ville, ajoute Adele Lo, 16 ans. Elle atteint à peine 1%. Même Guangzhou fait mieux.» Phoebe Chan, 18 ans, appelle de son côté à introduire les questions climatiques dans le cursus scolaire. «Le vrai changement interviendra d’abord sur le plan local», assure-t-elle.

A Hongkong, la manifestation a été organisée par trois étudiantes d’une école internationale, Elisa Hirn, Zara Campion et Emily Tarr. Les participants reflètent les origines du mouvement: presque tous sont des fils et filles d’expats. Les seuls Hongkongais sont des représentants d’ONG comme Greenpeace ou Amnesty. Le politicien pro-démocratie Eddie Chu est aussi de la partie. Joshua Wong, le leader de la révolution des parapluies, boude en revanche le mouvement, préférant apporter son soutien ce jour-là à un groupe de fugitifs chinois que la cité portuaire menace d’extrader en Chine.

Importante présence policière

Il est 12h30. La foule se met en branle, menée par une rangée de jeunes activistes portant une bannière noire munie du slogan #FridaysForFuture. «Qu’est-ce que nous voulons? De l’action sur le climat! Et quand la voulons-nous? Maintenant!» crient les manifestants. Encadré par une importante présence policière, le mouvement est ordonné. Au moment de traverser une route, la colonne attend que le feu passe au vert. «Restez sur la droite du trottoir et ne faites pas trop de bruit», enjoint un policier.

A un moment, les manifestants doivent passer par un centre commercial. Ils prennent l’escalator, longent les magasins, s’enfilent sur une passerelle, le tout dans une ambiance détendue et bon enfant. A Hongkong, où le poing de fer de la Chine continentale se fait de plus en plus sentir, les manifestations sont rares. Celle-ci a été autorisée par les autorités, mais la majorité des écoles ont fait savoir qu’elles ne toléreraient pas l’absence des écoliers. Ils écoperont d’une absence «non justifiée».

Une lettre remise aux autorités

Sur le coup de 13h, les manifestants arrivent devant le bâtiment vitré en forme d’arche qui abrite le gouvernement de la ville-Etat. Ils remettent une lettre à un représentant des autorités venu à leur rencontre. «Hongkong est une ville aisée mais aussi vulnérable face aux menaces causées par le changement climatique, qu’il s’agisse des typhons toujours plus violents, de la montée des eaux ou du risque accru de maladies transmissibles», dit la missive. Elle réclame l’inclusion d’un représentant de la jeunesse au sein du comité pour le changement climatique, une instance interdépartementale créée en 2016. Elle demande aussi une révision des objectifs en matière d’énergies renouvelables que la ville s’est fixés à l’horizon 2030. Celles-ci devraient représenter 6 à 8% du mix énergétique, au lieu des 3 à 4% prévus, jugent les manifestants.

Les organisateurs estiment que plus de 700 jeunes ont participé à la manifestation de Hongkong. D’autres événements étaient prévus vendredi en Chine à Shanghai, Hangzhou, Guangzhou, Shenzhen et Chaoyang.

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