Un premier candidat afro-américain à la présidence des Etats-Unis. Une première femme pour la vice-présidence chez les républicains. Un stade de football rempli à ras bord à Denver. Un ouragan sur La Nouvelle-Orléans. Un président en exercice, George Bush, caché dans la Maison-Blanche. Un ancien président, Bill Clinton, à la fois ressuscité et assagi... Les deux semaines de conventions qui ont réuni sans transition les démocrates puis les républicains ont été pour le moins riches en événements et rebondissements. L'heure d'un premier bilan.

Quelle impression générale?

Foule jeune et enthousiaste contre establishment grisonnant. Pour le dernier jour de la convention républicaine, John McCain a même fait modifier la scène pour s'approcher davantage de son public, comme pour donner l'impression d'une conversation au coin du feu. «Barack Obama parle aux Américains, John McCain parle avec les Américains», soulignaient ses conseillers. Mais pour leur dire quoi? Alors que les démocrates semblaient tout euphoriques de leur propre ardeur, les républicains ont consacré une bonne partie de leur réunion à tenir un langage très dur, guerrier, voire méprisant, contre leurs opposants. Il faut remonter loin dans l'histoire pour trouver pareille hargne. Certains évoquent à ce propos l'arrivée de Richard Nixon.

Une chose est claire: la campagne (oui, elle ne fait que commencer maintenant...) verra se confronter deux moitiés d'un pays fortement polarisé. Avec la nomination de la gouverneure de l'Alaska, Sarah Palin, la question des valeurs est revenue au premier plan, particulièrement l'avortement. La division ne fera sans doute que s'approfondir ces prochaines semaines. Un paradoxe alors qu'aussi bien Barack Obama que John McCain se présentent tous deux comme des candidats déterminés à dépasser les clivages politiques et à unifier le pays dans un élan commun.

Quel rôle pour les vice-présidents?

Aucun doute là-dessus: Sarah Palin a été l'héroïne de la convention républicaine, presque dans la même mesure que Barack Obama l'a été chez les démocrates. Jamais les délégués du parti de l'Eléphant n'ont autant applaudi leur candidat que lorsqu'il a expliqué le choix de sa colistière. Avec son profil attrayant, mi-femme au foyer la tête sur les épaules, mi-businesswoman de talent, la «superwoman» Palin est aujourd'hui le principal atout sur lequel comptent les républicains. Côté démocrate, Joe Biden s'est en partie contenté de la fonction classique qui consiste à mettre en relief les talents de son futur chef.

Car l'élection vise à nommer avant tout un président. Historiquement, le poids du choix des colistiers sur le résultat des scrutins n'a été jusqu'ici que marginal. De gré ou de force, John McCain devra occuper le premier rôle qui lui revient. Un seul débat opposera en octobre les deux vice-présidents. Il sera fortement suivi, c'est évident. Mais ce sont les face-à-face entre Obama et McCain qui feront sans doute la différence.

Quel programme?

Barack Obama, à qui l'on reprochait de s'en tenir à de vagues promesses de «changement», s'est employé à expliciter son programme économique bien davantage que son adversaire. Les républicains, pour leur part, ont tenté de tirer parti de l'accalmie irakienne pour mettre en avant le «succès» qu'a représenté la décision d'envoyer des renforts américains en Irak. Décomplexés, ils ont renoué avec la lutte contre le terrorisme et le souvenir du 11 septembre. Ils sont bien plus embarrassés sur la gravité de la crise économique, qu'ils ne peuvent évoquer sans en rejeter au moins une partie de la cause sur les épaules de George Bush. Ce sont les questions liées à l'énergie et au prix de l'essence qui seront au premier plan. L'Amérique, toutes tendances confondues, est aujourd'hui déterminée à assurer son «indépendance énergétique». Reste à trouver le chemin et à se donner les moyens d'y parvenir.

Qui a gagné?

Comme souvent en politique, l'exercice a servi avant tout à confirmer chacun dans ses propres convictions. Les sondages montrent que la prestation de Barack Obama a été appréciée par les Américains. Mais l'irruption de Sarah Palin aussi, comme l'afflux de donateurs républicains ces derniers jours l'a également démontré. Les élections du 4 novembre seront déterminées surtout par le résultat dans les Etats. Et là, le basculement est souvent entre les mains de quelques grosses poignées d'électeurs. C'est la stratégie des équipes de campagne qui sera en partie décisive. Les conventions, de part et d'autre, devaient aussi servir à motiver ces équipes afin d'affronter avec le plus de confiance possible cette dernière ligne droite.