Le coronavirus qui sévit au Brésil n’épargne pas les indigènes d’Amazonie, une pandémie dont leur porte-parole emblématique, le cacique Raoni, a accusé le président Jair Bolsonaro de vouloir «profiter» pour éliminer son peuple. «Bolsonaro veut profiter de cette maladie et il dit que l’indigène doit mourir, qu’on doit en finir avec» lui, a accusé Raoni Metuktire, du peuple Kayapo, dans un entretien à l’AFP réalisé en vidéo depuis son village d’Amazonie.

Infatigable défenseur des droits de son peuple, le nonagénaire ne mâche pas ses mots contre ce président d’extrême droite dont il a déjà réclamé le départ et qui a tenu des propos méprisants pour les autochtones. Alors que le coronavirus a fait plus de plus de 34 000 morts dans tout le Brésil, «le président Bolsonaro ne pense pas à nous, les indigènes», accuse-t-il.

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Il invoque «la précarité des soins de santé» de son peuple, dont la mortalité est deux fois plus élevée que le reste de la population, touchant des enfants, voire des bébés, en raison d’une immunité plus faible. «Ici au Brésil, les autorités ne pensent jamais à transporter un indigène pour le soigner dans un hôpital de Brasilia, pour qu’il puisse revenir, une fois guéri, dans son village», poursuit le vieux chef à la coiffe traditionnelle de plumes jaunes et au labret qui lui distend la lèvre.

«Nous ne savons pas ce qu’ils pensent (à Brasilia) de l’amélioration des soins de santé pour les peuples autochtones, jusqu’à présent je n’en ai pas entendu parler», insiste-t-il.

Pétitions en ligne pour la démocratie

Le président brésilien s’attire également les foudres des milliers de Brésiliens. La société civile se mobilise de plus en plus à travers des pétitions en ligne «en défense de la démocratie», en réponse aux demandes «d’intervention militaire» des partisans de Jair Bolsonaro.

La polarisation s’est accentuée avec le débat sur la façon de combattre le coronavirus, le président remettant en cause les mesures de confinement décidées par les gouverneurs des Etats, au nom de la préservation de l’emploi, même si la courbe de l’épidémie demeure en pleine ascension.

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Parmi les signataires des pétitions, des personnalités politiques de gauche et de centre droit, des artistes, des juristes ou des scientifiques. Il y a également des absences notoires, comme l’ex-président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), qui considère les revendications éloignées des vraies préoccupations des travailleurs de ce pays de 210 millions d’habitants.

Manifestations antifascistes

Sur le terrain, des manifestations «antifascistes» commencent à gagner les rues, notamment à l’initiative de supporters de football. «On se devait d’occuper le terrain, face aux partisans de Bolsonaro qui font l’apologie de la dictature», explique à l’AFP Danilo Passaro, membre de Gavioes da Fiel, groupe ultra-historique de Corinthians, un des clubs les plus populaires du Brésil.

C’est lui qui a lancé un appel à manifester dimanche dernier sur l’Avenida Paulista, artère emblématique du centre de Sao Paulo, réunissant quelque 500 supporters de plusieurs clubs rivaux en défense de la démocratie. La manifestation se déroulait sans heurts, jusqu’à l’arrivée de militants bolsonaristes, qui a déclenché des échauffourées. La police est intervenue avec des gaz lacrymogènes.

«En fin de manifestation, une poignée de personnes en treillis ou arborant des symboles néo-nazis est allée exprès à notre rencontre pour nous provoquer alors qu’ils auraient pu passer de l’autre côté de la rue», raconte Danilo Passaro, étudiant en histoire de 27 ans.

Cette manifestation de supporters était l’une des premières à rassembler des militants antibolsonaro depuis le début de la pandémie de coronavirus. Le président n’a pas tardé à réagir, les qualifiant mardi de «marginaux» et «terroristes». D’autres manifestations «antifascistes» rassemblant des supporters sont prévues dimanche dans plusieurs villes brésiliennes.

Auparavant, seuls les Bolsonaristes étaient de sortie, chaque dimanche, notamment à Brasilia, harangués par le président lui-même, au mépris de toute règle de distanciation sociale, alors que le Brésil est un des principaux foyers de contamination au monde.