Déchets

La plus grande «poubelle nucléaire» des Etats-Unis révèle ses faiblesses

L’incident de Hanford relance le débat sur la gestion des déchets nucléaires et leur dangerosité. Le secrétaire à l’Energie Rick Perry admet qu’un plan doit être élaboré pour diminuer les risques

En chiffres, il y a de quoi donner le tournis. Un site de 1500 km2, 57 tonnes de plutonium produites en quarante ans, 200 000 m3 de déchets chimiques et radioactifs, une opération de nettoyage prévue jusqu’en 2060 qui devrait coûter 100 milliards de dollars. Et, maintenant, une faille d’environ six mètres qui a provoqué l’effondrement d’une portion d’un tunnel, comblée dans l’urgence. Le site de stockage de déchets nucléaires de Hanford, à 275 kilomètres au sud-est de Seattle, la plus grande «poubelle nucléaire» des Etats-Unis, refait parler de lui: la faille découverte mardi lors d’une inspection de routine a fait remonter les pires inquiétudes à la surface. Il relance le débat sur la gestion des déchets nucléaires et leur dangerosité.

Bombes atomiques larguées sur le Japon

Jeudi, le secrétaire à l’Energie, Rick Perry, a admis qu’il était nécessaire de songer à de nouvelles mesures pour prévenir de tels risques. Lors de son audition devant le Sénat pour la confirmation de sa nomination, il avait parlé de Hanford comme de l’un des sites «les plus dangereux et les plus pollués du pays». Le site a notamment produit du plutonium pour les bombes atomiques larguées sur le Japon en 1945. En pleine Guerre froide, il abritait neuf réacteurs nucléaires, cinq unités de séparation et plus de 900 bâtiments et laboratoires. Le dernier réacteur a été fermé en 1987. Les cuves et les deux tunnels restants contiennent aujourd’hui de nombreuses substances radioactives.

A peine l’alerte donnée mardi, la plupart des 9173 employés de Hanford qui travaillaient ce jour-là ont été évacués du site et invités à rester chez eux pendant un jour. Ils avaient été enjoints à ne rien manger ni boire. Mercredi déjà, la porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Huckabee Sanders, s’est voulue rassurante, en indiquant que la situation, passée «d’une phase d’urgence à une phase de reconstruction», était maîtrisée. Aucun employé n’aurait été exposé à des radiations et aucun élément radioactif n’a été diffusé dans l’atmosphère, a-t-elle ajouté.

«Installations décrépites»

L’avocat Tom Carpenter, de l’ONG Hanford Challenge, est bien moins positif. Selon lui, c’est un «miracle» qu’il n’y ait pas encore eu de catastrophes majeures sur ce site. Des lanceurs d’alerte ont, ces dernières années, pointé du doigt des manquements au niveau de la sécurité des lieux. «Les installations sont décrépites, le béton s’effrite, et des études ainsi que des ingénieurs travaillant là-bas estiment que ça ne va pas tenir plus de quelques années», avertit-il, cité par l’AFP. Les cuves qui renferment des matières radioactives ont été construites dans les années 1940. Des tremblements de terre pourraient s’avérer menaçants. Mêmes critiques pour l’association antinucléaire Beyond Nuclear, qui dénonce une gestion des déchets radioactifs «hors de contrôle».

Selon les médias locaux, ce sont des travaux sur une route située près du tunnel qui auraient provoqué l’effondrement à la suite de vibrations. Ce n’est pas la première fois qu’un incident surgit à Hanford. En février 2013, des fuites avaient été constatées sur six cuves. L’an dernier, une énorme cuve qui contenait des déchets radioactifs s’est également révélée défectueuse. Le Département de l’Energie, propriétaire du site, avait minimisé l’incident, assurant qu’il l’avait «anticipé».

Relâchés dans la nature

Le premier scandale a éclaté en 1990, après la découverte d’une contamination au plutonium apparue dans les années 1940. Il s’est avéré que jusque dans les années 1960, Hanford relâchait directement ses déchets dans la nature, notamment pour tester des instruments de détection. C’est ce qu’une déclassification des archives a permis de découvrir.

Les autorités fédérales et l’Etat de Washington sont parvenus à un accord en 1989 pour nettoyer l’ensemble du site et ses 177 cuves, projet qui, vu l’ampleur de la tâche, s’étend jusqu’en 2060. D’ici là, si rien n’est fait pour consolider rapidement les structures qui recèlent des matières radioactives, d’autres failles pourraient apparaître.

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