Le gouvernement turc ne décolère depuis que plusieurs municipalités allemandes ont annoncé jeudi l’interdiction de meetings électoraux organisés par Ankara pour promouvoir auprès de la diaspora turque le «oui» à la réforme constitutionnelle voulue par le président Erdogan. Le ministre turc de la Justice Bekir Bozdag, devait rencontrer jeudi dans la soirée les supporters de l’AKP à Gaggenau (30 000 habitants) dans le Bade-Wurtemberg. Les autorités locales ont évoqué un problème de place et d’accès aux parkings pour interdire la rencontre en dernière minute. Vendredi, la mairie de Gaggenau a dû être évacuée pendant plusieurs heures après une alerte à la bombe, revendiquée par un supporter anonyme de l’AKP.

A Cologne, le ministre de l’Economie Nihat Zeybekci devait rencontrer les Turcs allemands dimanche prochain. Là encore, la municipalité a évoqué des raisons administratives pour interdire la réunion.

Défilé de ministres turcs

En Allemagne, ce défilé des ministres du président Erdogan est perçu comme une provocation, dans un climat déjà tendu entre les deux pays. Fin février le premier ministre Yildirim s’était rendu à Oberhausen à l’ouest du pays pour promouvoir le référendum. La marée de drapeaux rouges et blancs agités à l’occasion dans une salle bondée avait choqué dans le pays. Depuis, la presse et la classe politique s’interrogent sur l’opportunité de faire tout simplement interdire de tels rassemblements. Selon le quotidien Bild Zeitung, le président Erdogan compte se rendre en personne dans la région de Cologne en mars pour y rencontrer ses supporters allemands, même si aucune date n’a encore été confirmée à ce sujet.

Le gouvernement fédéral doit clairement signaler qu’on ne peut pas faire de publicité sur le sol allemand pour l’établissement d’une dictature

Le gouvernement fédéral, sous pression, pourrait bien sûr prononcer une interdiction de principe de tout meeting électoral en vue de soutenir une réforme constitutionnelle anti-démocratique, comme vient de le faire l’Autriche. Mais l’Allemagne d’Angela Merkel ne veut pas envenimer les relations déjà très compliquées entre les deux pays, et l’opposition reproche au gouvernement son manque de détermination. «Le despote turc mène le gouvernement allemand à la longe à travers le manège, s’offusque le chef du parti néo-communiste die Linke, Bernd Riexinger. Le gouvernement fédéral doit clairement signaler qu’on ne peut pas faire de publicité sur le sol allemand pour l’établissement d’une dictature.»

Aucun apaisement en vue

«L’Allemagne en est réduite à recourir aux interdictions administratives, au cas par cas, municipalité par municipalité», pour s’opposer à la tentative de Recep Tayyip Erdogan d’influencer le vote du 1,4 million de Turcs allemands inscrits sur les listes électorales en Turquie, fait remarquer le magazine der Spiegel. A 60%, les Turcs d’Allemagne avaient voté pour l’AKP aux dernières élections et cet appoint de voix est particulièrement important pour Ankara, alors que le référendum serait moins bien engagé qu’escompté.

Aucun apaisement n’est en vue, tant que le correspondant turc allemand du quotidien die Welt, Deniz Yücel, est toujours en prison à cause de ses écrits. Ankara a annulé vendredi une visite du ministre allemand de la Justice Heiko Maas, prévue de longue date et accuse l’Allemagne de soutenir le terrorisme.