séisme

«Plusieurs ONG suisses sont déjà au Népal»

Quelques heures après le séisme au Népal, la Chaîne du bonheur ouvrait un compte pour les rescapés. Parallèlement, la fondation relançait une collecte en faveur des réfugiés syriens. Tony Burgener, son président, explique les raisons de ce double appel

Quelques heures après le séisme au Népal, la Chaîne du bonheur ouvrait un compte pour les rescapés. Parallèlement, la fondation relançait une collecte en faveur des réfugiés syriens. Tony Burgener, son président, explique les raisons de ce double appel

Percepteur de la générosité suisse

Samedi, la terre a tremblé au Népal, faisant au moins 2000 morts. L’après-midi même, la Chaîne du bonheur ouvrait un compte en faveur des victimes. Depuis 1946, la fondation, étroitement liée à la SSR, récolte des fonds qui sont redistribués à 25 organisations humanitaires et œuvres d’entraide helvétiques. Rencontre avec Tony Burgener, le président de la Chaîne du bonheur.

Le Temps: Le séisme qui a frappé le Népal est-il comparable au tremblement de terre en Haïti de janvier 2010?

Tony Burgener: Non, je ne crois pas. Mais personne n’a encore une vue globale de l’ampleur de la catastrophe. On ne connaît pas le nombre de blessés. De nombreuses régions touchées sont très difficiles d’accès. Plusieurs ONG suisses sont déjà sur place, car elles avaient déjà des projets au Népal, comme Terre des hommes Lausanne, Helvetas et l’Agence adventiste d’aide et de développement. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de lancer très rapidement une collecte. Le Népal a aussi demandé l’aide internationale.

– L’aéroport de Katmandou a été endommagé. N’y a-t-il pas un risque qu’il soit engorgé par l’aide internationale?

– Dans toutes les catastrophes de cette ampleur, les embouteillages sont inévitables. Il faudra quelques jours pour que l’aide internationale soit réellement efficace. Les ONG partenaires de la Chaîne du bonheur commenceront par fournir une aide médicale et de l’eau potable. Nous leur avons demandé d’envisager très vite la reconstruction. La majorité des fonds que nous récolterons y sera consacrée. Nous savons par expérience qu’au maximum 20% seront dépensés dans l’aide d’urgence.

Après une catastrophe, les gens donnent sous le coup de l’émotion, sans réaliser que leur don sera parfois utilisé des années plus tard.

– Prenez le séisme en Haïti en janvier 2010. Il aurait été malvenu de dépenser les 66 millions de francs récoltés uniquement pour l’aide d’urgence. D’autant que les ONG suisses sont plutôt spécialisées dans la reconstruction. Les donateurs sont avant tout intéressés à ce que leur argent soit bien utilisé. En Haïti, passé l’afflux de secours juste après le tremblement de terre, de nombreux acteurs ont quitté l’île. En Allemagne ou au Royaume-Uni, des lois imposent de dépenser tout l’argent récolté un à deux ans après une catastrophe. Certains projets cofinancés par la Chaîne du bonheur, en particulier de reconstruction et prévention, se prolongeront jusqu’à la fin 2016, soit six ans après le séisme.

– Justement, Haïti est toujours aussi pauvre, malgré la mobilisation internationale. De manière générale, le scepticisme à l’égard de l’aide humanitaire n’a-t-il pas augmenté?

– En Haïti, une bonne coordination a fait défaut. C’était particulièrement flagrant dans la capitale, Port-au-Prince, objet de toute l’attention médiatique. Les ONG suisses, elles, se sont déployées en zones rurales. C’est une tradition. Mais à l’avenir, elles devront aussi se spécialiser dans l’intervention en milieu urbain, ce qui est beaucoup plus compliqué. Après le typhon Haiyan aux Philippines en novembre 2013, aucun des projets qui nous ont été soumis n’était prévu à Tacloban, la ville la plus dévastée. Nos partenaires ont rectifié le tir. Le rôle de la Chaîne est aussi de servir d’aiguillon.

– Pourquoi organisez-vous en parallèle dix jours de collecte pour la Syrie?

– C’était une opération prévue avant le séisme au Népal. On ne pouvait pas abandonner des victimes pour d’autres. Cette double collecte est une première dans l’histoire de la Chaîne du bonheur. C’est un reflet du monde actuel avec une multitude de crises humanitaires. Pour la Syrie, plusieurs projets des ONG partenaires, en particulier de soutien en cash des réfugiés en Jordanie et au Liban, ne seront plus financés sans de nouveaux dons. D’autant plus qu’on ne voit toujours pas la fin de ce conflit vu le manque total de propositions politiques. Ces trois dernières années, nous avons récolté 19 millions de francs en faveur des Syriens. Une partie des fonds ira à l’intérieur de la Syrie, mais je ne peux pas donner de détails sur ces projets pour des raisons de sécurité.

– Les donateurs ne sont-ils pas lassés par cette guerre sans fin?

– Ces 19 millions sont un bon résultat. La seule fois que les Suisses ont été plus généreux pour les victimes d’un conflit, c’était pour le Kosovo en 1999. Nous avions alors reçu 50 millions de francs. Si nous ne croyions pas à la générosité du public, nous ne relancerions pas la collecte sur la Syrie. De plus, les naufrages en Méditerranée démontrent qu’il faut une solution sur place, politique mais aussi humanitaire.

– On reste très loin des 227 millions de francs récoltés par la Chaîne du bonheur pour le tsunami en Asie du Sud-Est en décembre 2004.

– En Suisse comme dans d’autres pays, les gens s’identifient davantage aux victimes de catastrophes naturelles. Ils y sont sensibles et connaissent les conséquences de ces drames vécus également à plusieurs reprises dans notre pays. De plus, ces victimes sont perçues comme innocentes et les images à la télévision sont généralement impressionnantes et bouleversantes. La médiatisation des catastrophes naturelles est courte. En revanche, les conflits, comme celui en Syrie, ne semblent pas avoir d’issue et les gens se demandent à quoi servira leur don. D’où la nécessité d’être très transparent. Tous les projets soutenus par la Chaîne du bonheur et les rapports d’évaluation sont désormais accessibles en ligne.

– Qui décide de l’ouverture d’une collecte?

– Si nous organisons une journée de collecte nationale, nous demandons le feu vert du directeur de la SSR. L’appui de la SSR garantit une grande médiatisation de notre appel sur les chaînes publiques. La Chaîne du bonheur a toujours été le bras humanitaire de la SSR et c’est un grand atout. Mais les gens attendent de moins en moins que Darius Rochebin leur demande de faire un don. L’information va de plus en plus vite et nous devons être plus réactifs. L’an dernier, nous avons lancé une application de dons par téléphone portable, même si 85% de nos donateurs utilisent encore des bulletins de versement.

– Quel est le profil de vos donateurs?

– Nous n’avons pas de base de données sophistiquée vu que nous lançons uniquement des collectes d’urgence en cas de catastrophe et une collecte thématique par an. Le profil des donateurs de la Chaîne du bonheur n’est pas différent de celui des ONG helvétiques: la cinquantaine, plutôt féminin, de milieu aisé et éduqué. La plupart des dons sont de l’ordre de 50 ou 150 francs.

«En Suisse comme dans d’autres pays, les gens s’identifient davantage aux victimes de catastrophes naturelles»

Publicité