L’Agence européenne des médicaments, l’EMEA, doit annoncer ce mercredi matin les derniers chiffres de la vaccination dans l’Union européenne. Pas question pour elle de commenter le désengagement entrepris par certains de ses membres, explique un porte-parole, les politiques de santé sont nationales. Mais l’embarras est perceptible. Il faut dire que les chiffres sont là. Mi-décembre, 26 millions de personnes avaient été vaccinées dans l’Union, soit à peine plus de 5% de la population. Or plus de 400 millions de doses ont été commandées. L’écart est impressionnant.

Pourquoi? L’objectif du «risque minimum» accompagné du principe de précaution explique les commandes massives; quant à la désaffection, elle est due à une conjonction de raisons plus ou moins pertinentes. Selon un expert à Bruxelles, la communication publique parfois contradictoire, les réticences des médecins généralistes rarement impliqués dans les procédures, le flou qui a présidé à l’organisation des vaccinations publiques, le débat sur les adjuvants et l’absence de transparence dans les contrats passés avec les laboratoires ont contribué à renforcer la méfiance de la population. L’absence de gravité anormale et le passage de deux à une injection recommandée ont fait le reste. Les pays se retrouvent avec des stocks de vaccins dont ils ne savent pas toujours quoi faire. Mais la polémique française reste très politique et très franco-française, commente entre autres le porte-parole de l’OFSP Jean-Louis Zürcher, un peu choqué: «Que n’aurait-on pas dit si la situation avait été plus grave… Souvenez-vous des débuts au Mexique, les premières données étaient inquiétantes…»

Vendre ou donner? Il reste que plusieurs pays ont entrepris de vendre plus ou moins discrètement une partie de leurs surplus. L’Allemagne qui avait commandé 50 millions de doses d’ici le printemps en a déjà reçu 10 mais les Länder n’en ont utilisé que 6 jusqu’ici. L’Etat fédéral essaie depuis novembre d’écouler à l’étranger une partie de ses stocks, vers des pays acquéreurs comme l’Ukraine ou la Turquie. Des négociations avec les laboratoires sur les conditions d’une annulation partielle des commandes doivent commencer cette semaine. Les Pays-Bas qui n’ont pas utilisé la moitié des 34 millions de doses commandées envisagent de revendre 19 millions de doses «à des pays manquant fortement de vaccins». L’Espagne va faire jouer une clause de renvoi prévue dans ses contrats pour ne garder que 13 millions de doses sur les 37 millions commandées. Dont 4 millions de réserve, si la situation devait à nouveau se tendre.

L’OMS va profiter des surplus de certains. La Belgique, qui a décidé de conserver ses stocks, va ainsi faire don de 10% de ses 12 millions de doses commandées à l’organisation, qui choisira les pays bénéficiaires. Au total quatorze pays, dont la France (pour 9 millions) et les Etats-Unis, et six groupes pharmaceutiques ont promis de donner à l’OMS 190 millions de vaccins.

La Suisse fait partie de ces pays donateurs de l’OMS, et vendra elle aussi une partie de ses stocks, la répartition n’est pas encore fixée et les négociations sont en cours selon Jean-Louis Zürcher. «Nous avons commandé 13 millions de doses et il en restera 4,5 millions, en remplissant notre objectif de 80% de la population vaccinée… Il vaut mieux avoir un peu trop de vaccins qu’un peu trop de morts…»