syrie

«Plusieurs signes indiquent que le système est en train de chuter»

Abdel Basset Sayda a casé, lundi, une étape suisse dans son agenda encombré. Le président du Conseil national syrien a rencontré à Berne Yves Rossier, le secrétaire général du DFAE avant d’animer une soirée débat à Thoune

Istanbul, Moscou, Le Caire, Stockholm, Paris et… Thoune. Dans son agenda encombré, Abdel Basset Sayda a casé, lundi, une étape suisse. En vertu de quelques amitiés qu’il compte dans la cité touristique, le président du Conseil national syrien (CNS), considéré comme le principal mouvement au sein d’une opposition syrienne diffuse, a accepté l’invitation du Parti socialiste local pour une soirée conférence. Plus tôt dans l’après-midi, il s’était entretenu à Berne avec Yves Rossier, le secrétaire général du Département aux affaires étrangères (DFAE). «Nous avons évoqué la collaboration possible de la Suisse en matière d’aide humanitaire», a-t-il indiqué. «La possibilité d’une coopération médicale», qui permettrait, dans «certains cas spécifiques» l’acheminement de blessés syriens dans des hôpitaux suisses, a été abordée, explique Abdel Basset Sayda, qui a élargi la discussion avec Berne à la question des requérants d’asile. «Nous savons qu’il y a des lois à respecter. Mais au vu de la situation dramatique du peuple syrien, nous espérons trouver un accord.»

Ce kurde de Syrie, exilé en Suède depuis deux décennies, a pris, à 55 ans, la succession de l’universitaire Burhan Ghalioun à la tête du CNS le 8 juin dernier. «En tant que philosophe et ancien historien, je n’aurais jamais cru devoir m’occuper de questions militaires. Mais puisque le régime s’en prend aux gens, ils ont droit à l’autodéfense».

Interrogé sur les espoirs qu’il fonde sur Lakhdar Brahimi, l’Algérien qui a succédé à Kofi Annan comme médiateur international en Syrie, l’homme aux lunettes carrées sort de sa réserve policée. «L’initiative Annan n’a rien apporté, dénonce-t-il. Les bombardements massifs ont commencé pendant sa mission, comme les attaques militaires contre la population syrienne. Je ne veux pas, pour la Syrie, de solution qui tienne compte des agendas extérieurs.»

D’après lui, «plusieurs signes indiquent que le système est en train de chuter. Il y a eu ces cas de défection chez les militaires, au sein des officiels et dans la société civile. Il y a aussi tous ceux qui ont encore peur de faire défection. Des indications montrent que l’économie s’effondre. Le chômage est très élevé; le système survit uniquement grâce à l’aide de ses associés, la Russie, la Chine et l’Iran.»

Mais d’ici à l’effondrement du régime, les civils syriens continueront à fuir les combats chez les pays voisins. Or la semaine passée, Ankara a menacé de cesser d’accueillir des réfugiés lorsque leur nombre aura atteint 100 000, et préconisé la mise en œuvre d’une zone-tampon sous contrôle onusien en territoire syrien.

«La Turquie a beaucoup fait pour accueillir déjà plus de 80 000 réfugiés. Mais elle ne peut pas fermer la porte devant une aussi grande misère», indique Abdel Basset Sayda, en précisant qu’une délégation du CNS a été dépêchée en Turquie pour négocier avec les autorités. Plus inquiétante encore, d’après le chef du CNS, la menace de bombardements des camps situés à la frontière turque par le régime syrien. Dans ce contexte, l’instauration d’une «zone d’exclusion aérienne» est une priorité, qu’il continue de réclamer «avec véhémence».

Désigné pour trois mois, ce spécialiste des civilisations anciennes sans grande expérience politique s’était fixé pour ambition de «structurer et réformer le CNS». Mais il semble toujours peiner à mettre sur pied le «gouvernement provisoire» réclamé avec insistance par Paris ou Washington, désireux de légitimer un interlocuteur solide dans le dossier syrien. Lundi soir, il laissait d’ailleurs entendre qu’il ne souhaitait pas prolonger son mandat au sommet du CNS, «sauf si l’intérêt général le réclame». Car «la mission, concède-t-il, est trop lourde.»

Ce mardi, quatre membres du CNS devaient assister à la présentation, à Berlin, d’un document intitulé «Le jour d’après». Partiellement financé par le DFAE et le Département d’Etat américain, ce plan d’action, élaboré par 45 figures de l’opposition syrienne d’horizons variés avec l’appui de think-thanks américains et allemands, a pour objet de baliser avec précision la transition démocratique en Syrie et les réformes économiques et sociales nécessaires, au lendemain de la chute du régime de Bachar el-Assad. Il préconise notamment l’égalité de tous les citoyens syriens et l’instauration d’un «Etat civil, dans lequel les forces de l’ordre auraient pour mission de protéger la sécurité et les droits de tous les citoyens».

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