«Si les villes sont un facteur d'intégration, elles sont aussi à la source de nombreuses exclusions.» Le lien que fait Xavier Emmanuelli, président du Samu (Service d'assistance médicale d'urgence) social de Paris, entre urbanisation et pauvreté, est un constat lourd de conséquences à l'heure où la moitié des habitants de la planète vit dans des zones urbaines. Dans vingt ans, 27 métropoles compteront plus de 10 millions d'habitants chacune et dans les pays en voie de développement, le nombre des citadins augmentera de 2,5 milliards. Cette explosion démographique pose de criants problèmes d'infrastructures: comment fournir en eau des populations qui s'entassent toujours plus nombreuses dans les bidonvilles des pays du Sud? Comment gérer le nombre croissant des sans-abri (10 000 à Paris et 50 000 à Londres) de nos villes industrielles?

Pour proposer de nouvelles initiatives contre la paupérisation, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) a créé un réseau qui rassemble différentes municipalités à travers le monde: l'Alliance mondiale des villes contre la pauvreté. Réunis à Genève depuis lundi, des représentants de métropoles aussi différentes que Porto Allegre, Lomé ou Munich ont cherché à partager leurs expériences.

Pratiques nouvelles

«La municipalité est le niveau de gouvernement le plus proche des gens», explique Jean Fabre, directeur adjoint du PNUD à Genève et initiateur de ce projet. Et cette proximité permet de mieux comprendre les besoins et de prévenir les carences d'un Etat souvent trop éloigné de sa population. De même les municipalités, bien placées pour générer à la fois des partenariats publics et privés seraient d'excellents relais pour de nouvelles sources de financement d'initiatives locales.

Le Forum de l'Alliance se veut d'abord un lieu d'apprentissage de pratiques nouvelles et de création de liens de solidarité. Ainsi, Amouzouvi M. Akakpo, maire de Lomé, raconte son expérience réussie de la collecte des ordures dans la capitale togolaise. Grâce à la mise en place de comités de quartiers, 600 jeunes ont obtenu un emploi pour ramasser les ordures et le budget de la municipalité a été réduit de moitié.

Une telle expérience pourrait-elle profiter à des villes du Nord? Selon Jean Fabre, la similitude des problèmes municipaux à travers le monde (égouts, ordures, insécurité) permet un véritable échange qui dépasse l'habituel clivage Nord-Sud. Xavier Emmanuelli ajoute que les villes des pays en développement, depuis longtemps confrontées à l'explosion urbaine, auraient même une longueur d'avance dans la gestion de ces situations. «Les expériences ne sont pas directement transposables, elles demandent un réajustement, mais il y a des idées intéressantes. Comme la prise en charge des vieilles femmes à Ouagadougou par une association aidée par la mairie. Nous aussi, à Paris, nous cherchons à améliorer l'accompagnement de nos personnes âgées.»