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La centrale de Jänschwalde, à quelques kilomètres de Cottbus, s’étend sur 300 hectares et produit 3000 mégawatts, l’équivalent de trois centrales nucléaires. De quoi fournir en électricité six villes de la taille de Dresde.
© PATRICK PLEUL

Energie

Le poids culturel du charbon en ex-RDA

Pour alimenter une économie qui se porte bien, l’Allemagne a dû recourir de nouveau davantage au charbon. A la centrale thermique de Jänschwalde, près de Cottbus, on refuse de croire que la fin du lignite approche. Car le charbon reste actuellement nécessaire pour combler les «trous» d’approvisionnement en électricité

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Les neuf tours de refroidissement, qui crachent des fumées jour et nuit, trônent au milieu de champs et de forêts éparses. Difficile, pour la centrale à charbon de Jänschwalde, à quelques kilomètres de la ville de Cottbus, en ex-RDA, de passer inaperçue. Exploitée par la société LEAG, elle s’étend sur 300 hectares et produit 3000 mégawatts, l’équivalent de trois centrales nucléaires. De quoi fournir en électricité six villes de la taille de Dresde. Quatre-vingts trains y apportent chaque jour 80 000 tonnes de lignite, ce charbon brun dont l’odeur était caractéristique de l’ex-Allemagne de l’Est.

Immenses mines de lignite à ciel ouvert

A quelques kilomètres de là, d’immenses mines de lignite à ciel ouvert sont exploitées par des machines géantes de 100 mètres de hauteur, capables de creuser 240 000 m³ de terre par jour. Le malheur de Jänschwalde, c’est l’impopularité du charbon dans l’ère des énergies renouvelables. Sa chance, c’est la situation actuelle de l’Allemagne. Au cœur de la centrale, Gerd Stecklina, chef d’équipe, brandit un tableau qui montre le mix énergétique dans la production d’électricité en janvier 2017.

Il pointe du doigt le 24 janvier. Un jour sans vent, sans soleil. Même si le pays compte des installations solaires et éoliennes dont la puissance installée se chiffre au moins à 84 gigawatts, les énergies renouvelables ont été incapables de faire face à la demande de 70 gigawatts. La puissance produite à 7 heures du matin par l’éolien était de 0,8 gigawatt. Celle du solaire était nulle… «Nous avons même dû importer du courant d’Autriche», se souvient Gerd Stecklina.

Besoin de stabilité

Porte-parole de LEAG, Kathi Gerstner est jeune et dynamique. Elle n’avait que 9 ans lors de la chute du mur de Berlin dont elle garde un vague souvenir. Pour elle, travailler à la centrale de Jänschwalde, c’est la chance d’avoir un emploi sûr et bien payé dans l’environnement économique plutôt déprimé de cette partie de l’ex-RDA. Vivant dans une maison le long de la Spree, elle incarne la nouvelle classe moyenne de la partie orientale. Elle le rappelle: «Il y avait plus de 100 000 personnes qui travaillaient dans l’industrie du charbon en RDA. Nous ne sommes plus que 8000, mais nos activités ont engendré 16 000 emplois indirects.»

Cette Allemande, qui a travaillé dans la partie occidentale du pays avant de préférer vivre à l’est, dans un cadre où elle se sent humainement plus intégrée, défend l’industrie du charbon: «Nos clients nous le disent: ils veulent une sécurité de l’approvisionnement. Avec nos mines de lignite à ciel ouvert de Jänschwalde, Schwarze Pumpe et Boxberg, nous sommes à même de garantir une stabilité de la production d’électricité.» Ce besoin de stabilité est encore accentué par la sortie progressive du nucléaire que l’Allemagne a décidée peu après l’accident de Fukushima. Depuis 2011, huit centrales atomiques ont été fermées et en 2022 il ne devrait plus y en avoir une seule en activité.

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Nous ne pouvons pas simplement fermer les centrales à charbon du jour au lendemain

Dans la salle de contrôle de la centrale, des opérateurs adaptent la production d’électricité à la demande et en fonction du temps et du vent. A partir du milieu de l’après-midi, on entend les moulins concassant le charbon tourner à plus grand régime. En s’approchant de la soirée, les besoins augmentent. A la cafétéria de la centrale, qui évoque des atmosphères de l’époque de la RDA, l’équipe de Jänschwalde n’élude pas la question environnementale, sachant que le charbon est un puissant générateur de gaz à effet de serre.

«Notre centrale a été achevée peu avant 1989. Elle a été équipée de matériels performants, relève Martina Weiß, du service de communication. Dans les années 1990, les installations ont été modernisées.» Filtres, processus de désulfuration, l’exploitant estime être conforme aux exigences posées par la loi sur l’environnement.

Les efforts de renaturation

Au sommet des tours de refroidissement, au-dessus des «chaudières», la chaleur est suffocante. Mais, ajoute Martina Weiß, elle est récupérée pour chauffer à distance toute la ville de Cottbus. De la centrale de Jänschwalde, les routes en partie barrées au trafic mènent aux mines à ciel ouvert. Les panneaux indicateurs sont en deux langues, allemand et sorabe, une langue slave propre à cette région de Lusace (Lausitz).

Devant une immense mine à ciel ouvert désaffectée, l’ingénieure responsable des mines Birgit Schroeckh évoque un projet gigantesque: à partir de 2018 va naître sur ce site le plus grand lac artificiel d’Allemagne: le Cottbuser Ostsee. 280 millions de mètres cubes d’eau vont inonder l’ancienne mine. La démarche s’inscrit dans les efforts de renaturation entrepris par LEAG.

Ces centrales sont nécessaires pour couvrir les besoins de l’industrie, notamment au sud de l’Allemagne et pour maintenir le tissu social en ex-RDA

Dans les Länder d’ex-RDA où le charbon reste central, les revendications des Verts irritent. «Nous ne pouvons pas simplement fermer les centrales à charbon du jour au lendemain», insiste Kathi Gerstner qui relève que Jänschwalde va renoncer, sous la contrainte de Berlin, à un tiers de sa production d'ici à 2023. «Ces centrales sont nécessaires pour couvrir les besoins de l’industrie, notamment au sud de l’Allemagne et pour maintenir le tissu social en ex-RDA. Il n’y a pas une seule famille qui n’a pas quelqu’un travaillant de près ou de loin avec l’industrie du charbon.»

Le fossé n’est pas politique, il est régional. Dans les Länder d’ex-RDA du Brandebourg et de Saxe, le SPD, la CDU et même Die Linke (gauche de la gauche) soutiennent encore l’industrie du charbon. «Ils se rendent compte que pour l’heure, nous n’avons pas de plan B», précise Kathi Gerstner, relevant que l’Allemagne ne produit que 2,3% des émissions mondiales de CO2.

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Nous n’allons pas fermer les centrales à charbon demain, mais dans les vingt ans à venir, c’est certain

Pas étonnant dès lors que le président de la société d’experts Agora Energiewende, Patrick Graichen, tire un bilan contrasté du tournant énergétique allemand. Pour ce qui est de la sortie du nucléaire et des énergies renouvelables, le bilan est, selon lui, positif. Quant aux émissions de CO2, il est en revanche mauvais. «Le charbon est un facteur explicatif, mais les mesures modestes prises en matière d’efficience énergétique des bâtiments et du trafic y sont aussi pour quelque chose», relève l’expert. Les émissions de CO2 avaient reculé en 2015, mais elles sont reparties à la hausse. Avec 27% de réduction des émissions de dioxyde de carbone par rapport à 1990, on est loin de l’objectif fixé de 40%.

«C’est tout le paradoxe. On a fortement développé le renouvelable, mais ça ne suffit pas, poursuit Patrick Graichen. Pour des raisons culturelles, la sortie du charbon est plus compliquée que celle du nucléaire. Les syndicats et le SPD, voire même la CDU n’osent pas prendre la décision de tout débrancher.» L’Europe a sa responsabilité. Les droits à polluer sont beaucoup trop bon marché: environ 5 euros la tonne. Patrick Graichen reste néanmoins optimiste: «Nous n’allons pas fermer les centrales à charbon demain, mais dans les vingt ans à venir, c’est certain.»

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