Bill Clinton n'a plus guère qu'un allié: son successeur, George W. Bush. «Il faut tourner la page…» a répondu le président républicain quand on lui a demandé de commenter les affaires de dons et de pardons. Son attitude tranche avec celle de ses partisans, acharnés à vouloir obtenir la condamnation ou la disgrâce du sortant. Répartition des tâches: c'est de bonne politique. Mais, au-delà des calculs tactiques, les conditions inattendues de la transition américaine contiennent des leçons.

A posteriori, on mesure mieux dans la présidence Clinton, dont la mobilité créatrice a été vantée, la part de la légèreté. Elle apparaît en pleine lumière maintenant que l'homme est à découvert. Elle éclate plus gravement au Proche-Orient, où le plan de paix dont le président démocrate était le promoteur s'est effondré comme un château de cartes au moment de son départ. Preuve qu'il était probablement, dans son espérance naïve, impraticable.

Maintenant arrive le règne plus gris et plus triste de vieux routiers de la sécurité, hommes aguerris, à qui on n'en conte pas, sans illusions sur les lointains barbares, et guidés par les besoins du maintien de la domination américaine sur le monde. On n'y trouvera plus le côté pétillant des années Clinton. Mais c'est de cela qu'il faut maintenant s'occuper: que représente pour l'Europe la politique des conservateurs pragmatiques qui ont investi Washington avec de clairs desseins?