«Je revis le massacre tous les jours.» Le 19 mai, devant la commission judiciaire de la Chambre des représentants, Viola Fletcher a livré un témoignage poignant. Le 31 mai 1921, elle avait 7 ans. Pendant deux jours, d’atroces heurts, pillages et incendies se sont soldés par la mort de 100 à 300 Afro-Américains, à Tulsa, dans l’Oklahoma. Un drame national aux lourdes ramifications, entouré d’un silence coupable, resté longtemps enfoui. Mardi, le président Joe Biden se rendra sur place, pour un hommage aux victimes. Quelques jours à peine après avoir reçu, à la Maison-Blanche, la famille de l’Afro-Américain George Floyd, décédé le 25 mai 2020 sous le genou du policier blanc Derek Chauvin.

«J’entends les cris»

Viola Fletcher n’était pas la seule à témoigner au Congrès, le 19 mai, pour réclamer justice et réparations. Il y avait aussi deux autres survivants du massacre: son petit frère, Hughes Van Ellis, 100 ans, et Lessie Benningfield Randle, 106 ans, apparue par vidéoconférence. «Je n’oublierai jamais la violence de la foule hargneuse de Blancs lorsque nous avons quitté la maison. Je vois encore des hommes noirs se faire tirer dessus et les corps noirs gisant par terre dans la rue. Je sens encore la fumée et je vois le feu. Je vois encore les commerces noirs être incendiés. J’entends encore les avions nous survoler. J’entends les cris», a raconté Viola Fletcher.