États-Unis

Le poignant plaidoyer de Jimmy Kimmel contre l’abrogation de l’Obamacare

Alors que la Chambre des représentants démantèle la réforme de la santé de Barack Obama, l’animateur parle de son fils né avec une malformation cardiaque. Sans l’Obamacare, il n’aurait probablement pas pu bénéficier d’une couverture adéquate

Star aux Etats-Unis, Jimmy Kimmel a livré lundi soir un vibrant plaidoyer contre l’abrogation de l’Obamacare, objet d’une bataille acharnée au Congrès. C’est les larmes aux yeux que l’humoriste, hôte du Jimmy Kimmel Live! de la chaîne ABC, a évoqué, pendant treize minutes, la malformation cardiaque de son nouveau-né. «Je vais essayer de ne pas être émotionnel. Je peux déjà vous dire que l’histoire se termine bien», a-t-il commencé par déclarer avant d’être rapidement submergé par l’émotion. Son petit Billy est né le 21 avril. Trois heures après sa naissance, des difficultés sont apparues et il a dû être opéré dès le lendemain.

Ce témoignage poignant tombe alors que la Chambre des représentants a voté ce jeudi l’abrogation de l’Obamacare par 217 voix contre 213, après un premier échec le 24 mars. Cette fois, les républicains ont trouvé la majorité pour faire passer la réforme de Donald Trump et démanteler celle de son prédécesseur.

Sans l’Obamacare entrée en vigueur en 2010, «si vous étiez né avec une maladie cardiaque congénitale comme mon fils, il y avait de fortes chances pour que vous ne puissiez jamais obtenir d’assurance santé en raison de cette condition préexistante, a déclaré l’animateur. Les parents ne devraient jamais avoir à décider s’ils ont les moyens de sauver la vie de leur enfant, ça ne doit pas arriver. Pas aux Etats-Unis», a-t-il ajouté, des sanglots dans la voix.

Ce témoignage lui a valu les félicitations de Barack Obama. «Bien dit, Jimmy. C’est exactement pour cela qu’on s’est battu si dur pour l’ACA (l’Affordable Care Act ou Obamacare, ndlr), et c’est pourquoi nous devons la protéger pour des enfants comme Billy. Et félicitations», a-t-il tweeté. Hillary Clinton a également réagi.

Les opérations cardiaques de nouveau-nés peuvent coûter plus de 100 000 dollars. Fortuné, Jimmy Kimmel, dont le fils devra subir d’autres opérations, pourra quoi qu’il arrive s’entourer des meilleurs médecins. Mais si des bébés en difficulté devaient ne plus bénéficier d’une couverture santé adéquate, cela pourrait s’avérer catastrophique pour bien des parents. «Si votre bébé est sur le point de mourir, et cela ne doit pas arriver, on ne devrait pas se préoccuper de combien d’argent vous gagnez. C’est une chose sur laquelle tout le monde doit être d’accord, que vous soyez républicain, démocrate ou quelque chose d’autre», a ajouté l’humoriste.

Le républicain Joe Walsh, ancien élu de la Chambre des représentants qui anime aujourd’hui une émission de radio, n’est visiblement pas de cet avis. Il l’a dit, sans nuance, sur Twitter: «Désolé, Jimmy Kimmel. Votre triste histoire ne m’oblige pas, ni personne d’autre, à payer pour la couverture santé d’un tiers.»

Les démocrates restent fermement opposés au démantèlement de l’Obamacare. Le 24 mars, le projet de Donald Trump a échoué en raison de républicains modérés qui s’y sont également opposés, mais surtout du Freedom Caucus, la frange la plus à droite du parti, composée d’héritiers du Tea Party, pour lesquels la réforme ne va pas assez loin du point de vue de désengagement de l’Etat fédéral.

Le projet discuté jeudi a subi de nombreux ajustements. Il a fait l’objet de tractations serrées, pour éviter un remake du psychodrame du 24 mars, où le chef républicain de la Chambre des représentants a dû au dernier moment retirer le projet, faute de majorité. Donald Trump s’est personnellement investi en tentant de convaincre les plus réticents au sein de son parti. Un financement de 8 milliards de dollars a notamment été rajouté pour la couverture des personnes à «hauts risques».

Selon une étude réalisée pour le Congrès en mars, 24 millions de personnes supplémentaires se retrouveraient sans assurance d’ici à 2026 avec le «Trumpcare». Ils sont dix millions aujourd’hui. Le projet risque encore d’être amendé en profondeur, lorsqu’il passera au Sénat: les républicains doivent obtenir 60 voix sur 100 alors qu’ils ne sont que 52.

Près de la moitié des 325 millions d’Américains bénéficient d’une couverture maladie souscrite par leurs employeurs auprès d’assureurs privés, et ne sont donc pas directement concernés par la réforme. Seuls un tiers d’entre eux, les plus vulnérables, ont une couverture publique. Les autres n’ont pas d’assurance du tout ou sont à leurs frais auprès d’assureurs privés, à des coûts souvent très élevés. Avec l’Obamacare, le nombre de personnes non assurées est passé de 16% de la population à 9%.

Le «Trumpcare» supprimerait l’obligation individuelle de s’assurer et les amendes infligées aux Américains non couverts. L’une des grandes inquiétudes des opposants est bien que le nouveau projet autorise les Etats à se débarrasser de l’obligation faite aux assureurs de couvrir tous les patients, même ceux qui ont des antécédents médicaux comme une maladie chronique ou un cancer. Et des malformations graves à la naissance. Comme le petit Billy Kimmel.

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