diplomatie

Poignée de main historique entre Donald Trump et Kim Jong-un

Le président américain et le leader nord-coréen se sont entretenus mardi à Singapour, lors d’une rencontre soigneusement orchestrée. Ils ont mené des discussions en tête-à-tête et signé une déclaration 

Le décor était parfait. A 9h03, Donald Trump et Kim Jong-un ont chacun surgi de l’une des ailes du bâtiment colonial tout en colonnes blanches et catelles de terracotta situé au milieu d’un jardin tropical. Ils se sont avancés l’un vers l’autre, se sont rejoints sur un tapis rouge devant une haie de drapeaux américains et nord-coréens et se sont serré la main d’une poigne ferme durant 12 secondes.

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Cette rencontre historique, la première entre un président américain et un dirigeant nord-coréen, a eu lieu à l’hôtel Capella, un édifice dessiné par l’architecte britannique Norman Foster sur Sentosa, une île de 4,7 km² au large de Singapour dominée par un casino et un parc d’attractions Universal Studios.

2500 journalistes

Les convois des deux hommes avaient quitté leurs hôtels respectifs dans le quartier diplomatique de Tanglin peu après 8 heures, dans la moiteur de ce jour gris. La longue voiture noire ornée de drapeaux nord-coréens abritant le leader du régime ermite est arrivée à l’hôtel Capella juste avant 9h. Kim Jong-un en est sorti, arborant le même costume à rayures d’inspiration Mao qu’il porte depuis son arrivée dans la ville du lion dimanche, des lunettes carrées brunes et sa traditionnelle coupe de cheveux bouffante.

Donald Trump était vêtu d’un costume sombre agrémenté d’une cravate rouge, la couleur du Parti républicain. L’horaire de la rencontre avait été choisi pour coïncider avec le prime time sur la côte est des Etats-Unis, où il était 21h.

Au centre de presse abritant les 2500 journalistes venus couvrir l’événement dans une grande halle caverneuse surplombant un circuit de formule 1, l’ambiance était électrique. Lorsque les deux hommes se sont serré la main, les journalistes sud-coréens ont applaudi et poussé des cris de joie.

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45 minutes d'entretien en tête-à-tête

Le président américain a alors pris son homologue par le bras et l'a emmené dans une bibliothèque tout en boiseries sombres. Ils s'y sont enfermés, accompagnés uniquement de leurs traducteurs respectifs, durant plus de 45 minutes. Lorsqu'ils ont émergé de ce tête-à-tête, ils ont pris place autour d'une grande table carrée avec leurs équipes. Côté américain, la délégation comprenait le secrétaire d’État Mike Pompeo, le chef d’État major John Kelly et le conseiller à la sécurité John Bolton.

Le leader nord-coréen était quant à lui accompagné de son bras droit Kim Yong-chol, un ancien chef du renseignement, du ministre des Affaires étrangères Ri Yong-ho et de la vice-ministre des Affaires étrangères Choe Son-hui, qui avait failli faire dérailler la rencontre en décrivant le vice-président américain Mike Pence comme «ignorant et stupide». Détail intéressant, il a choisi d’inclure dans les pourparlers l’ex-ambassadeur Ri Chol, qui a dirigé la représentation helvétique du pays entre les années 1980 et 2010 lorsque Kim Jong-un était à l’école en Suisse. Sa sœur Kim Yo-jong était en revanche absente.

Un repas au menu très diplomatique

Les discussions ont duré jusqu’à 11h50. Les deux délégations ont alors gagné une salle avec de grandes baies vitrées pour un déjeuner de travail avec neuf plats. Le menu comprenait un mélange de plats singapouriens (une salade à la mangue verte), coréens (de la morue au radis), chinois (un porc aigre-doux avec une sauce XO) et américains (une côte de bœuf braisée).

Peu avant 13h, les deux hommes ont effectué une brève promenade dans les jardins de l’hôtel et le président américain a montré à son homologue «The Beast», sa limousine blindée. 

Une heure plus tard, Donald Trump et Kim Jong-Un sont apparus dans une salle ornée d'une grande table, ont pris place derrière et ont signé un document. «Nous laissons le passé derrière nous pour signer ce texte historique, a commenté le leader nord-coréen, d'une voix grave. Le monde va voir un changement majeur». Son homologue américain a pour sa part loué «des pourparlers qui ont dépassé toutes les attentes» et indiqué que la relation entre les deux pays serait «très différente" à l'avenir grâce au «lien spécial» qu'il avait développé avec Kim Jong-Un. «Chacune des deux parties a promis quelque chose», a-t-il ajouté.

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Interrogé sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne, il a dit que ce processus allait démarrer «très vite». Juste avant que le leader nord-coréen ne quitte l'hôtel Capella à destination de l'aéroport, Donald Trump l'a encore décrit comme «un homme très doué qui aime énormément son pays».

L’enjeu nucléaire

Le principal point discuté lors de ce sommet est l’abandon par la Corée du Nord de son programme nucléaire. Les Etats-Unis veulent une dénucléarisation «complète, vérifiable et irréversible», ainsi que l’a rappelé Mike Pompeo la veille de la rencontre. Pyongyang a laissé entendre que le régime ermite pourrait s’y plier. Mais Kim Jong-un exigera sans doute des garanties quant au maintien de son régime et à la levée des sanctions décrétées par l’ONU à l’encontre de son pays.

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Il pourrait aussi demander à Washington de renoncer à son parapluie nucléaire, déployé pour protéger Séoul et Tokyo, ainsi que le départ des près de 30 000 soldats américains stationnés en Corée du Sud. Lundi, l’agence de presse officielle de Corée du Nord a déclaré que les discussions porteraient sur «un mécanisme de maintien de la paix durable et permanent sur la péninsule coréenne». Une déclaration signalant la fin de la guerre de Corée, qui avait donné lieu à un armistice en 1953 mais jamais à un accord de paix, pourrait aussi être publiée.

Singapour a déployé plus de 5000 policiers, ainsi que son contingent de gurkhas népalais, pour assurer la sécurité du sommet. Deux navires de guerre patrouillaient aussi les eaux au large de Sentosa. Mardi, une poignée de Sud-Coréens ont manifesté devant l’hôtel Capella pour réclamer la libération des otages pris par Pyongyang durant la guerre de Corée.


Des menaces au sommet historique, chronologie

2 janvier 2017 Avant même sa prise de fonction, Donald Trump affirme que la Corée du Nord ne sera jamais en mesure de développer une «arme nucléaire capable d’atteindre le territoire américain».

Eté 2017 Pyongyang procède à deux tirs de missile intercontinental, mettant le territoire américain à portée des missiles nord-coréens.

19 septembre 2017 Devant l’Assemblée générale des Nations unies en septembre, Donald Trump qualifie Kim Jong-un de «petit homme-fusée». Deux jours plus tard, le Nord-Coréen lui répond: «Je disciplinerai par le feu le gâteux américain mentalement dérangé».

1er janvier 2018 Kim Jong-un se déclare prêt à envoyer une délégation aux Jeux olympiques d’hiver en Corée du Sud. Ce rapprochement débouchera sur un sommet entre les présidents des deux Corées sur leur frontière le 27 avril.

8 mars 2018 Le président américain accepte à la surprise générale une invitation de Kim Jong-un pour un tête-à-tête, transmise par la Corée du Sud. Donald Trump annulera la rencontre le 24 mai, avant de se raviser trois jours plus tard. LT/AFP

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