Pas contents, les Français, de l’arrestation de Roman Polanski. Non seulement leur ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, est intervenu auprès de Berne pour que «les droits de Monsieur Polanski soient pleinement respectés», mais les médias se déchaînent depuis dimanche contre la décision d’Evelyne Widmer-Schlumpf – «raide comme la justice», ironise le chroniqueur d’Europe 1 Guy Carlier. France 2 y a même vu l’acte de contrition d’une Suisse «dans ses petits souliers» en raison des ennuis d’UBS aux Etats-Unis.

Face au tollé, la conseillère fédérale Doris Leuthard s’est livrée à un petit exercice d’explication, lundi, lors d’une rencontre avec son homologue, la ministre de l’Economie Christine Lagarde.

«On en a parlé entre quatre yeux, parce qu’on se connaît, a-t-elle indiqué à l’issue de la réunion. Pour nous, c’est une affaire procédurale. Il n’y a aucune autre possibilité: une personne visée par un mandat d’arrêt international doit être arrêtée. Qu’elle soit célèbre, inconnue, riche ou pauvre, cela ne joue aucun rôle.»

L’idée d’un troc avec les Etats-Unis – arrestation de Roman Polanski contre indulgence dans le dossier du secret bancaire – est jugée risible par Doris Leuthard. «Ça n’a aucun lien. M. Polanski ne s’est rendu ni en Allemagne*, ni en Grande-Bretagne, parce que ces deux pays ont aussi des conventions d’extradition avec les Etats-Unis. Il savait qu’il courait un risque. Je suis moi-même étonnée qu’il ait pris ce risque. Ce sont peut-être ses avocats qui l’ont conseillé.»

Doris Leuthard rappelle que la suite de la procédure est désormais entre les mains de la justice américaine. Et que la Suisse s’est bornée à assumer un rôle secondaire – celui d’un «Etat où la police fonctionne».

* Roman Polanski était tout de même attendu le 3 octobre au festival du film de Cologne, pour y recevoir un prix et participer à un atelier.