«Nous ne voulions pas qu’il meure en prison», a admis le ministre britannique des Affaires étrangères, David Miliband, peu avant le début d’un débat au Parlement d’Edimbourg sur la décision du ministre écossais de la Justice de remettre en liberté Abdelbaset al-Megrahi le mois dernier. Le chef de la diplomatique britannique était interrogé par la BBC sur les déclarations la veille d’un ancien secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, Bill Rammell. Ce dernier a confirmé mardi soir qu’il avait dit à un responsable libyen que ni le Premier ministre Gordon Brown ni M. Miliband ne souhaitaient qu’al-Megrahi ne finisse ses jours dans sa cellule écossaise.

M. al-Megrahi avait été condamné en 2001 à la prison à vie pour l’explosion d’un avion de la compagnie américaine Pan Am au-dessus du village écossais de Lockerbie en 1988. Sa libération pour raisons médicales par l’Ecosse en août a suscité une vive controverse, en particulier aux Etats-Unis d’où sont originaires la majorité des 270 victimes. L’accueil triomphal qu’il avait reçu à Tripoli a encore jeté de l’huile sur le feu et les spéculations sur un accord «pétrole contre Megrahi» se sont multipliées des deux côtés de l’Atlantique.

Pas de «deal» pétrole contre prisonnier

M. Miliband a cependant démenti tout «deal» avec Tripoli. «A aucun stade, nous n’avons eu l’intention de dire que nous pouvions offrir le genre d’entente qui est invoquée car la libération d’al-Megrahi n’était pas de notre ressort», a-t-il assuré, rappelant que la justice écossaise est indépendante de Londres.

Le ministre répondait aux accusations relayées dimanche par le Sunday Times selon lesquelles Londres a accepté d’inclure le Libyen dans un accord de transfèrement de prisonniers avec Tripoli en échange d’un contrat pétrolier entre la compagnie britannique BP et la Libye, d’un montant potentiel de 15 milliards de livres.

L’accord de transfèrement n’a finalement pas servi dans le cas d’al-Megrahi, qui a en fait été libéré pour des raisons de santé. Le Libyen souffre d’un cancer en phase terminale.

Pour tenter de faire taire les spéculations, les gouvernements britannique et écossais ont publié mardi leur correspondance sur le sujet. Parmi elle, figure le compte-rendu d’une rencontre, le 12 mars, entre des responsables écossais et le ministre libyen chargé de l’Europe, Abulati Alobidi.

Ce dernier y assure que, lors d’une visite en février de M. Rammell à Tripoli, le secrétaire d’Etat lui avait indiqué que «ni le Premier ministre ni le ministre des Affaires étrangères (David Miliband ndlr) ne souhaitaient voir M. Megrahi mourir en prison». «C’est ce que j’ai dit», a confirmé mardi soir sur la BBC M. Rammell. «Je n’en ai pas discuté avec le Premier ministre», a-t-il cependant ajouté.

La polémique continue

Mercredi, M. Miliband a également réfuté toute mésentente entre Londres et Washington sur la libération d’al-Megrahi, que le gouvernement américain a vivement condamnée. «Y-a-t-il eu un désaccord public ou privé? Non», a déclaré le ministre.

Mercredi, le sujet était de retour devant le Parlement d’Edimbourg, où le ministre écossais à la Justice, Kenny MacAskill, a dû une nouvelle fois défendre devant les députés sa décision de libérer al-Megrahi. Les élus pourraient être appelés à voter pour se prononcer sur cette libération qui n’en finit pas de faire des vagues.

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