«Faire un rapprochement entre les attaques contre le pape pour le scandale de pédophilie et l’antisémitisme n’est pas la ligne suivie par le Saint Siège», a déclaré sur Radio Vatican le père Lombardi. Il a estimé que le prédicateur, le père Raniero Cantalamessa, a «seulement voulu rendre publique la solidarité à l’égard du pape exprimée par un juif à la lumière de l’expérience de douleur particulière subie par son peuple».

Interrogé par la chaîne en continu SKY TG24, le père Lombardi a souligné que comparer les critiques contre l’Eglise à l’antisémitisme «n’était aucunement dans l’intention du père» Cantalamessa. Le prédicateur du pape «voulait seulement apporter le témoignage de son ami juif», a aussi déclaré le porte-parole.

Suggestion

Le père Lombardi a toutefois admis sur Radio Vatican que «le fait de la citer (la lettre) pouvait susciter des malentendus». Vendredi soir, dans son sermon pendant la liturgie de la Passion du Christ, le père Raniero Cantalamessa, prédicateur de la maison pontificale, a lu une lettre de «solidarité» au pape et à l’Eglise, qu’il a dit avoir reçue d’un «ami juif».

Cependant, dans la soirée du Vendredi Saint, des milliers de personnes ont assisté dans le centre historique de Rome au chemin de croix, qui commémore le martyre et la mort du Christ. Comme l’an dernier, Benoît XVI, qui aura bientôt 83 ans, a présidé la célébration depuis la terrasse du Mont Palatin, sans participer au parcours. Il n’a pris la croix en bois qu’à la toute fin.

Espérance

Pendant cette cérémonie retransmise en mondiovision dans une soixantaine de pays, le pape a appelé à l’espérance qui vient de la «lumière fulgurante de la résurrection». «Nos échecs, nos déceptions, nos amertumes, qui semblent marquer l’écroulement de tout, sont illuminés par l’espérance», a-t-il ajouté.

Antisémitisme

Notant que, cette année, la Pâque juive et les Pâques catholiques tombent la même semaine, il a rappelé que tout au long de l’histoire les juifs avaient été victimes de «violences collectives» et il a établi une comparaison avec les attaques actuelles contre l’Eglise. Le prédicateur de la maison pontificale a ensuite donné lecture d’une lettre de «solidarité» au pape et à l’Eglise, qu’il a dit avoir reçu d’un «ami juif».

«Je suis avec dégoût l’attaque violente et concentrique contre l’Eglise (et) le pape», écrit l’auteur de la lettre cité par le prélat. «L’utilisation du stéréotype, le passage de la responsabilité et de la faute personnelles à la faute collective me rappellent les aspects les plus honteux de l’antisémitisme».

Insulte

Aux Etats-Unis, une association de victimes de prêtres pédophiles a jugé que ces déclarations constituaient «une insulte aussi bien pour les victimes d’agressions sexuelles que pour les juifs». Le rabbin Gary Greenebaum, chargé des relations interreligieuses au sein de l’American Jewish Comittee, les a qualifiées de «malvenues».

«Honte au père Cantalamessa», a réagi Elan Steinberg, vice-président de l’American Gathering of Holocaust Survivors and their Descendants. «Le Vatican a le droit de se défendre, mais la comparaison avec les persécutions antisémites est choquante et insoutenable. Nous sommes cruellement déçus», a-t-il dit à Reuters.

Blessant

«Ces propos blessants ont été tenus en présence du pape. Il devrait en assumer lui-même la responsabilité et présenter des excuses», a déclaré le rabbin Marvin Hier, du Centre Simon Wiesenthal. Le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi, a déclaré à l’AFP qu’il s’agissait «d’une lettre lue par le prédicateur, et non pas de la position officielle du Vatican».

Accusation

Radio Vatican publie sur son site internet l’intégralité du passage lu à Saint-Pierre par le père Cantalamessa où son «ami juif» dit vouloir aussi «exprimer au pape et à toute l’Eglise (sa) solidarité de juif du dialogue et de tous ceux qui dans le monde juif, et ils sont nombreux, partagent ces sentiments de fraternité».

«Notre Pâque (juive, NDLR) et la vôtre ont sans aucun doute des éléments d’altérité mais vivent toutes les deux dans l’espérance messianique qui certainement nous fera nous retrouver dans l’amour du Père commun. Je souhaite à vous et à tous les catholiques une bonne Pâque», dit encore l’expéditeur au père Cantalamessa.

Crise

Au moment de célébrer Pâques, sa principale fête, l’Eglise catholique traverse l’une des périodes les plus délicates de son histoire, secouée par des scandales d’abus sexuels sur des mineurs commis par des prêtres et des religieux, souvent couverts par leur hiérarchie, en Europe et aux Etats-Unis. Mais Benoît XVI a également reçu vendredi de nombreux messages de solidarité.

Le pape a fait l’objet dans la presse en Allemagne et aux Etats-Unis d’articles l’accusant d’avoir gardé le silence sur des abus sexuels commis sur des mineurs par des religieux, quand il était archevêque à Munich et quand il a dirigé pendant 24 ans la Congrégation pour la doctrine de la foi, avant de devenir pape en 2005.

Samedi, Benoît XVI dirigera la veillée pascale en la basilique Saint-Pierre. Dimanche, il adressera aux fidèles son message pascal et la traditionnelle bénédiction «Urbi et Orbi».