Etats-unis

La police américaine vante ses actes d'héroïsme

Suite aux diverses violences rendues publiques grâce à des enregistrements, la police américaine a décidé d’user des caméras à son avantage. Certains services ont donc décidé de publier des extraits vidéo présentant des officiers dans leurs actes improvisés d’héroïsme

Thomas J. Wydra, le chef de la police d’Hamden dans le Connecticut, a visionné de nombreux enregistrements de bavures policières. Le mois dernier, il a décidé de montrer une vidéo plus positive au grand public: l’un de ses officiers en plein sauvetage. Le New York Times y a récemment consacré un long article.

Appelé à intervenir dans une clinique à cause d’un résident agité, le policier a poursuivi l’homme à travers plusieurs escaliers jusqu’à un balcon donnant sur le sixième étage de l’immeuble. Il a rattrapé le patient in extremis au moment où ce dernier hissait l’une de ses jambes sur le bord de la balustrade.

«C’était comme dans un film hollywoodien», a déclaré le chef Wydra, qui a envoyé la vidéo à chaque chaîne de nouvelles qu’il connaissait et posté l’enregistrement sur Facebook et Twitter.

Lire l’article original: Hollywood-Style Heroism Is Latest Trend in Police Videos

Caméras: de méfiance à héroïsme

L’utilisation de caméras s’est étendue dans tout le pays, en grande partie en réponse à plusieurs violences commises sur des civils par des officiers.

Mais à mesure que plusieurs services de police ont adopté les caméras, les forces de l’ordre ont également commencé à profiter de cet outil qui attisait autrefois leur méfiance. Ils ont décidé de publier des extraits vidéo présentant des officiers effectuant des actes improvisés d’héroïsme.

Ce mois-ci, à Topeka, dans l’Etat du Kansas, la police locale a rendu public un enregistrement montrant un policier qui descend dans un étang et sauve un petit garçon de la noyade.

Et en janvier de l’année dernière à Albuquerque, au Nouveau-Mexique, une vidéo a montré un officier venant à la rescousse d’un enfant abandonné dans un parking plusieurs heures plus tôt.

A travers cette promotion filmée, les forces de l’ordre disent essayer d’user d’images positives comme contrepoids aux récents enregistrements de violences policières.

Enregistrements sélectionnés sur le volet?

Selon le New York Times, les politiques sur la publication de vidéos de police varient considérablement d’un bout à l’autre du pays et demeurent un sujet de débats intenses. Les critiques avancent que la pratique consistant à publier des enregistrements sélectionnés menace de créer un récit faussement optimiste de la conduite de la police.

Cependant, le corps policier affirme que les vidéos positives soulignent avec précision les moments qui ont souvent été négligés: lorsque les agents font quelque chose de courageux et inattendu, audacieux et réconfortant.

«Ai-je pensé que la sortie de cette vidéo aiderait notre image? Absolument, a déclaré le chef Wydra. Il est important pour les chefs de police de s’inquiéter de leur marque, de se soucier de leur image et de la façon dont ils sont vus par le public.»

Surveillance exigée après l’affaire Michael Brown

Après l’affaire Michael Brown, abattu suite à des coups de feu tirés par un policier à Ferguson en 2014, la majorité du peuple américain a exigé que les forces de l’ordre usent de caméras durant leur service. Le président Barack Obama a d’ailleurs loué cet usage comme un marqueur de confiance et de transparence entre le public et la police. En 2015, le Ministère de la justice a alors accordé des subventions de 23 millions de dollars pour étendre son utilisation, rapporte le New York Times.

Lire aussi: Ferguson: l’Amérique crie sa colère

Pourtant, de nombreux représentants de la justice s’y sont opposés. Notamment les officiers de première ligne et les syndicats qui les représentent ont refusé ce qu’ils considèrent comme une couche supplémentaire de contrôle introduite par la technologie.

Politique de publication différente selon les Etats

Pourtant, au moment de publier les enregistrements, les règles varient considérablement d’un Etat à l’autre, selon les lois. Les défenseurs de la transparence de la police avancent que la publication et la promotion de certaines vidéos varient suite à des soi-disant complications pour le moins douteuses.

Dans certains Etats, comme le Kansas et la Caroline du Nord, des lois ont été mises en place afin d’empêcher la divulgation de vidéos au public. Les ministères de ces Etats sont donc libres de publier les vidéos qu’ils choisissent, avec peu de pression juridique concernant celles qui mettraient à mal le travail de la police, a déclaré Chad A. Marlow, un avocat de plaidoyer pour l’American Civil Liberties Union.

Nourrir la confiance du public

Au Kansas, un Etat où la plupart de ces vidéos sont préservées de toutes publications, Kris Kramer, le chef de la police de Topeka, a décidé début mai de publier un enregistrement montrant l’un de ses officiers, Aaron Bulmer, sauter dans un étang et sauver un enfant autiste qui s’était éloigné de son père, poursuit le New York Times.

«Le recrutement de nouveaux policiers est devenu plus difficile à la lumière des nombreuses histoires négatives de grande envergure dans le pays au cours des dernières années», a déclaré le chef Kramer dans un courriel. «Quelques bonnes nouvelles peuvent aussi contribuer à nourrir la confiance du public.»

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