Un manifestant est mort, lundi soir, en Biélorussie lors des protestations contre la réélection pour un sixième mandat du président Alexandre Loukachenko, dispersées par la police pour la deuxième soirée consécutive. Il a été tué par l'engin explosif qu'il s'apprêtait à lancer sur les forces de l'ordre, et qui a explosé dans ses mains, selon la police biélorusse. Elle a aussi précisé avoir procédé à une trentaine d'arrestations.

L'opposition conteste les résultats officiels, donnant Alexandre Loukachenko vainqueur avec 80,08% des voix, et estime le scrutin falsifié.

Lire aussi le récit de la veille:  A Minsk, la nuit électorale qui a changé la donne

Des milliers de ses partisans sont descendus dans la rue lundi soir, à plusieurs endroits de Minsk, la capitale, et dans d'autres villes de cette ex-république soviétique. Scandant «Honte!», les manifestants ont fait face à d'importantes forces policières qui ont donné sans ménagement des coups de pieds et de matraques aux protestataires.

Des barricades érigées dans les rues

Un témoin interrogé par l'Agence France Presse (AFP) et plusieurs médias russes et biélorusses ont fait état de l'utilisation de gaz lacrymogène, de tirs de balles en caoutchouc et de grenades assourdissantes par les forces de l'ordre. Selon ce témoin, au moins une journaliste a été blessée à la jambe.

Dans la nuit, des barricades ont été érigées dans des rues centrales de Minsk, en marquant une escalade des tensions, et plusieurs explosions se sont fait entendre, selon des journalistes de l'AFP.

Des manifestations spontanées émaillées de heurts avec les forces de l'ordre, qui ont fait des dizaines de blessés, avaient déjà éclaté dimanche soir dès l'annonce des premiers résultats. Plus de 3000 personnes ont alors été arrêtées et 21 dossiers criminels pour «troubles de masse» ont été ouverts.

Lire encore notre éditorial:  La Biélorussie de papa est morte

A l'étranger, la Commission européenne, Paris, Berlin et Londres ont condamné la répression. Varsovie a demandé un sommet de l'UE consacré au sujet. Washington s'est dit «grandement préoccupé». Le président biélorusse a, de son côté, qualifié les manifestants de «moutons» téléguidés depuis Londres, Varsovie et Prague, martelant qu'il ne permettrait pas que le pays soit «mis en pièces».

Sans nouvelle de Svetlana Tikhanovskaïa

Pour sa part, la rivale principale d'Alexandre Loukachenko à cette élection, Svetlana Tikhanovskaïa, a décidé de ne pas prendre part aux protestations pour éviter des «provocations». Elle a passé 3 heures à la Commission électorale lundi soir pour exiger un nouveau comptage des voix, avant de partir sans faire de déclarations. 

Le chef de la diplomatie de la Lituanie voisine, Linas Linkevicius, a ensuite exprimé sa «préoccupation» quand au sort de l'opposante. «J'ai essayé de la joindre pendant plusieurs heures, mais on ne sait pas où elle est depuis qu'elle s'est rendue à la commission électorale», a-t-il assuré à l'AFP. Un message sur Telegram a été publié dans la nuit de la part de Svetlana Tikhanovskaïa affirmant qu'elle allait bien, mais son entourage a exprimé des doutes sur son authenticité.

Lire également: Comme prévu, Alexandre Loukachenko est donné vainqueur en Biélorussie