Pour réprimer toute manifestation, la police anti-émeute hongkongaise s'est déployée mercredi matin autour du parlement local avant l'examen d'un projet de loi criminalisant tout outrage à l'hymne national chinois ce qui, pour les militants pro-démocratie, porterait atteinte à leur liberté d'expression.

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Une source au sein des forces de l'ordre a indiqué à l'Agence France-Presse (AFP) que des «milliers» d'hommes étaient en état d'alerte. Des barrières ont été déployées autour du bâtiment tandis que la police anti-émeute a procédé à des contrôles et des fouilles, visant principalement des jeunes.

Ce débat devant le Conseil législatif (LegCo) intervient moins d'une semaine après la décision de la Chine d'imposer au territoire semi-autonome un texte sur la sécurité nationale, qui vise à interdire le terrorisme, la sécession, la subversion et l'ingérence étrangère. 

Une telle loi a aussitôt suscité l'inquiétude des investisseurs étrangers et des gouvernements occidentaux, comme l'a illustré vendredi le plus fort décrochage de la Bourse de Hongkong en cinq ans. La cheffe de l'exécutif hongkongais, Carrie Lam, complètement alignée sur Pékin, a tenté de rassurer, qualifiant de «sans fondement» les inquiétudes relatives aux libertés hongkongaises. Cette loi sera examinée jeudi à Pékin, pour une entrée en vigueur possible cet été.

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La Chine s'était pourtant engagée en 1984, dans la Déclaration commune sino-britannique, à respecter l'autonomie de Hongkong jusqu'en 2047, à la suite de la rétrocession britannique du territoire en 1997. Mardi, le président américain Donald Trump a mis en garde Pékin, menaçant de faire perdre à Hongkong son statut économique spécial. 

Mais Pékin semble plus que jamais déterminé à mettre fin à l'agitation politique qui secoue Hongkong depuis quelques années. L'an dernier, des manifestants avaient pénétré dans l'hémicycle du parlement local et saccagé ses locaux. Mercredi, la police a pris un maximum de disposition pour éviter que cet événement ne se reproduise. 

Un délit passible de trois ans de prison

L'important dispositif policier semblait avoir dissuadé toute manifestation de grande ampleur, malgré l'appel de certains syndicats et groupes d'étudiants à une mobilisation générale. Les mesures prises pour lutter contre le coronavirus interdisent tout rassemblement de plus de huit personnes dans l'espace public.

Le gouvernement souhaite l'adoption d'un projet de loi punissant le non-respect de l'hymne national chinois «La marche des volontaires». Ce délit serait passible de trois ans d'emprisonnement. Pékin est particulièrement remonté contre les Hongkongais, notamment les fans de football, qui huent l'hymne national pour exprimer leur colère à l'égard de la Chine.

Pour l'opposition pro-démocratie, ce texte est une nouvelle tentative pour criminaliser toute dissidence. Mi-mai, des heurts avaient éclaté au sein de l'hémicycle du Legco au sujet de ce texte.

Une ville sans véritable suffrage universel

Les députés pro-démocratie, qui ne possèdent pas la majorité au sein du parlement, une institution partiellement élue au suffrage universel, ont durant des mois multiplié les actes d'obstruction pour empêcher l'examen de ce projet de loi. Les élus pro-Pékin ont pris début mai le contrôle du Comité de la chambre chargé de passer en revue les projets de loi avant qu'ils ne soient examinés. Un acte qualifié d'anti-constitutionnel par l'opposition.

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Lors de la session parlementaire de mercredi, une deuxième lecture de ce texte doit avoir lieu. Une troisième lecture doit se tenir la semaine prochaine, à l'issue de laquelle ce projet deviendra une loi s'il est approuvé. La Chine n'a pas cessé de décrire la contestation hongkongaise comme un complot subversif orchestré par l'étranger pour déstabiliser le régime. Pour les militants pro-démocratie, les manifestations sont le seul moyen de faire entendre leur voix dans une ville sans véritable suffrage universel.